Canada

Hommage à mon ami, cet arbre québécois

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Sur les plaines d’Abraham – Québec

Quel bonheur de ressentir de nouveau la vie t’entourer, t’accompagner.

Les oiseaux poussent leurs cris de joie ou de combat. J’en vois deux qui se chamaillent, ou bien est-ce une sorte de parade ? Les écureuils sautillent de branche en branche, d’ailleurs, j’en ai fait fuir un qui jouait dans les tiennes. Qu’ils sont habiles !

Comme à mon habitude, je grimpe prudente et maladroite sur cette branche couchée sur laquelle je viens me recueillir depuis des mois. Tu retrouves tes couleurs et ta vigueur. Que tu es confortable, on dirait une place consacrée à la réception d’humains en mal de nature.

Tous les animaux trifouillent dans tes feuilles mortes allongées au sol. On dirait l’automne, sauf que c’est le printemps. La neige a pris au piège ta nature morte quelques mois auparavant. Figée sous des mètres de blanc. Préservée. Intacte.

J’entends que ça bouge dans ton tronc, ça cherche, gratte et remue.

Je savais bien que tu étais habité ! Ça se sentait. Même en plein hiver, tu es l’abri parfait pour des familles qui hibernent. Je souris de savoir un écureuil innocent si proche de moi, ne se doutant de rien, vivant tranquillement sa vie.

Soudain, à ton pied, je distingue un museau poilu et un coin d’œil méfiant. Tiens, il a décidé de se montrer. Je ne bouge plus d’un cil. Il a dû sentir mon odeur avec la brise qui vient de se lever et qui lui souffle dans le nez. Il bouge légèrement, et son cou me semble bien trop épais pour un écureuil. Pourtant, bien trop petit pour une marmotte. Il s’avance encore, curieux mais prudent. C’est un bébé marmotte ! Quel bonheur. Je suis émue aux larmes. Il me regarde attentivement, long silence solennel, tout en apprivoisement.

Je suis restée assise là, une heure à l’observer m’observer.

Je dois lui paraître bien imposante, tel un gros chat posé sur sa branche, étalé. Il est curieux, il se tente plusieurs fois, toujours un peu plus proche. Se redresse sur ses pattes arrière, danse en les bougeant légèrement.

L’instant est adorable. Il se frotte le nez, gratte son pelage, tombe à la renverse. Me regarde, me défie, me jauge, puis il s’est habitué à me sentir à ses côtés on dirait.

Je décide de méditer maintenant que sa présence m’est familière.

Je suis l’arbre. J’ai tout vu et il me reste tant à voir. J’ai recueilli les larmes et les rires, les messages d’amour et de détresse. J’ai vu des enfants faire leurs premiers pas, tomber et se relever. J’ai vu la course effrénée des sportifs et assisté aux soirées arrosées. J’ai traversé des hivers interminables, mon écorce gelée, mes racines malmenées, mes branches déchirées.

Je me suis assoupi pour répondre au rythme imposé par les cycle de ma mère, la Terre.

J’ai déchaîné la vie en moi pour renaître, cinglé ma sève et fait éclore mes bourgeons pour nourrir mes habitants. J’ai assumé mes responsabilités année après année. J’ai exaucé des vœux et des prières, j’ai même donné naissance.

J’ai fait grandir des âmes et des corps.

J’ai pardonné les animaux qui ont croqué ma peau, les hommes qui ont coupé mes membres. J’ai saigné, j’ai pleuré. J’ai abrité et protégé. J’ai contemplé les couleurs et les saisons, patience et raison. J’ai remercié le ciel pour sa clémence, des pluies diluviennes au soleil qui ensemence. J’ai puisé en mon sol et ses richesses pour me procurer force et justesse.

Je suis resté ici assis des siècles. Il y a autant à voir qu’à apprendre. D’ailleurs les corbeaux nomades me suffisent pour voyager en ce monde. Leurs récits d’autres lieux abreuvent mes oreilles et mes yeux.

Je suis l’arbre. Je ne suis à personne et appartient à tout le monde. Je suis gardien d’une sagesse, noblesse de multiples vies.

Je transmets à l’Univers vos espoirs alanguis.

Ma marmotte est repartie.

Elle a couru loin vers les prairies chercher quelques nourritures mystérieuses. J’ai l’ai surveillée de l’œil, elle est restée à portée de ma vue tout le long de mon écriture.

Mon arbre, mon ami, mon confident qui m’a légué tant d’énergie alors que l’hiver m’avait engourdi l’esprit. Je te pleure déjà, à qui vais-je confier mes secrets lorsque je serai repartie dans ma douce et folle Paris ?

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