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Paris, le terreau de mes racines

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Photo by Thomas Kelley on Unsplash

Paris, je t’ai détestée sans même te connaître.

Paris, j’avais entendu des choses terribles sur toi. Je t’imaginais entasser tes habitants dans des immeubles hauts et froids. La petite fille malheureuse de quitter sa maison et son quartier résidentiel a crié à ses parents « je n’irai jamais dans ces cages à lapins ! ». Paris, je t’ai mal jugée.

Paris, tu m’as appris la liberté.

Les chemins de l’école peuplés de passants, les rues grouillantes de vie qui m’effrayaient moins que les bus bondés dans lesquels je ne voyais pas arriver ma station. A pieds, j’ai appris à t’observer lentement, à t’apprivoiser à mon rythme. Tu m’as enseigné l’autonomie, la confiance en soi, le plaisir de prendre des détours après la classe. Puis, un jour, même de désobéir à maman. De sécher les cours, de rentrer plus tard, d’outrepasser les limites, car tout près il y avait le cinéma et le parc.

Paris, tu m’as montré la palette des couleurs du monde.

La multitude. Les cultures, les visages, les langues, les horizons qui s’entremêlent, se mêlent et se démêlent. En ton corps se sont installés les citoyens du globe. Ils t’ont bercé de leurs saveurs, de leurs musiques, de leurs différences. Ils t’ont nourrie de leurs espoirs, de leurs récits, de leurs cuisines. Ils t’ont instruite de leurs savoirs et de leurs histoires. Paris, berceau de tous les espoirs.

Paris, tu me fais peur.

Je ne suis jamais rassurée lorsque je marche chez toi. Je me sens parfois étouffée, fragile, toute petite ; encore pire, je me sens en danger, épiée, poursuivie. Paris, tu es une des villes les moins rassurantes dans lesquelles j’ai habitées. Ça me fait de la peine de le dire. Ça me met en colère aussi. Comment est-ce possible de ne pas se sentir en sécurité en tant que femme dans son propre pays, dans sa propre ville ? Paris, j’ai serré mon sac, j’ai caché mon téléphone, j’ai tiré sur ma jupe, j’ai pleuré pour des mains baladeuses, et j’ai fui sous les insultes.

Paris aux milles merveilles.

Tu t’enflammes et tu me charmes. Toi, prétentieuse. Toi, gracieuse. Toi, impertinente. Tu rayonnes de beautés construites en ton honneur par la main de l’Homme. Le monde entier te regarde scintiller. Paris, les talents du monde, les splendeurs d’antan, et celles d’aujourd’hui. Paris, ville lumière, éclairée de ton phare en robe de métal qui nous montre le chemin en remplaçant les étoiles que tu nous caches.

Paris, imparfaite, contrastée, sauvage, insolente.

Paris, tes douleurs, tes noirceurs, tes violences. Paris, tu manques surtout d’harmonie. Il faut être bien ancré pour t’habiter sans se faire happer par tes polarités. Trouver l’équilibre en soi, alors que la vie bascule, recule, se désarticule. Paris, bipolaire. Soit trop, soit pas assez. Tes révolutions ont laissé du sang sur les pavés, et le goût amer d’un quotidien délétère.

Paris, les personnes incroyables qui fourmillent en ton ventre et que le reste du monde semble ne pas percevoir.

Paris, peinte de préjugés, il faut aller à la rencontre de tes enfants, pour enfin pouvoir t’assumer. Ces enfants – petits et grands – qui ont gardé leur lumière intérieure que tes dorures reflètent avec cœur. Tu me fais vibrer d’amour et de fierté, car contre toute attente, c’est chez toi que j’ai rencontré le plus grand nombre de mes âmes-sœurs. Paris habitée de chaleur.

Paris, tu m’as vu grandir.

Tu m’as vu battre l’asphalte de mes pieds malheureux. Paris, tu m’as donné du fil à retordre, tu m’as ternie, tu m’as perdue. Tu m’as vu pleurer, et tu m’as vu aimer. Tu ne m’as pas vraiment aidé à me trouver. Paris, tu me manques à chaque fois que je pars habiter ailleurs. Paris, tu es mon enfant émerveillée et révoltée. Tu es la douleur qui loge dans mon cœur d’adolescente. Tu es le courage et l’audace de cette jeune femme qui a décidé de te quitter, comme un amant qu’on a assez aimé et détesté. Paris, tu es mon pilier, tu es ma famille, tu es mes amis, ceux qui sont restés, sont qui sont partis.

Paris, tu m’as sculptée de ton ambition, de ta folie, de tes envies de grandeurs.

Paris, tu m’as appris l’élégance, le goût du bon et du beau, les pensées torturées, les mots alambiqués. Tu m’as donné ces visions d’ailleurs pour aller chercher tout ce que tu ne pouvais pas m’enseigner. Heureusement sont venus s’ajouter la modestie de Lyon, l’altruisme de Byron Bay, l’ouverture de Melbourne, l’harmonie de Wanaka, l’amabilité de Québec, le lâcher-prise d’Ubud, la simplicité de Nouméa.

Paris, merci pour tout ce que tu m’as donné. Paris, les racines qui poussent en mes entrailles. Mon point de départ.

 


Globe-trotteuse et auteure du livre “Hémisphères en mouvement”, le voyage est pour moi une quête de sens et d’identité, une initiation à des prises de conscience et des transformations. En route vers un voyage intérieur !

J’anime également des ateliers qui associent intelligence collective et émotionnelle, afin de se (re)découvrir sous différents aspects de notre potentiel.

N’hésitez pas à me contacter et à me suivre sur les réseaux sociaux !

 

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6 thoughts on “Paris, le terreau de mes racines”

  1. Dualité comme en tout, mais peut être plus encore pour la ville des lumières que j’aime et que je déteste. Quel choc à chaque retour de la montagne, ses odeurs écœurantes de pots d’échappement, son manque d’air, ses habitants entassés, le peu de verdure… et puis au détour d’une rue, un monument si familier, une ruelle, un parc, une parisienne, une terrasse de café, une petite boutique, et je te ré-apprivoise, la sève remonte de l’asphalte où je suis née. Là face au Mont Blanc depuis quelques heures, Paris tu ne me manques pas !
    Merci Marion pour ce partage qui me parle tant.
    Chris

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  2. Merci pour cet article. Je ne suis pas parisienne, Je suis née a 10000 km de Paris mais j y ai vecu 20 ans. Puis j ai fait la connerie (pour moi) de demenager dans le Doubs.
    Paris me manque tellement.
    Une amie m’a dit un jour : Tu as demenage a Paris et tu t es exilée dans le Doubs.
    Et c est exactement cela. Mon pays ne me manque absoulument pas. Pourtant Paris Est toujours dans mes pensées.
    Merci encore pour vos articles et commentaires.

    J'aime

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