Canada

Mon voyage en solitaire dans les Rocheuses canadiennes, le roadtrip de trop.

J’ai pris mon envie à deux mains – et mon courage – je suis partie complètement seule visiter les parcs nationaux de Banff et de Jasper, les rocheuses canadiennes. J’étais loin d’imaginer ce qui m’attendait. De beautés en galères, de la solitude à la foule touristique, des logements hors de prix aux nuits à la rude. Première fois que je ne planifie rien, et ça risque bien d’être la dernière !

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Une année à rêver de ces paysages que le monde entier admire.

Des semaines à chercher le moins cher : louer une voiture ou partir en tour organisé ? Des heures à comparer, envisager toutes les options, à envoyer des messages pour trouver des compagnons de voyage. Finalement, je loue une voiture à Banff et je me lance seule. Je m’en remets à la nature, au hasard, aux rencontres, à mes envies. Je pars sans itinéraire, sans réservation, seulement une date de retour. 9 jours pour explorer, se perdre et se trouver.

Ça aurait pu bien se passer…

si le temps n’avait pas été si capricieux, entre les nuages, le vent, la pluie, le froid… Nous sommes mi-juin, certains lacs sont encore gelés, et la neige me fait patauger, glisser, voire tomber en randonnée… Quasiment une année que je suis au Canada, et j’ai vu l’été 5 jours, un réel désespoir commence à prendre naissance en moi. Je ne dirais jamais assez à quel point la météo détermine mon humeur. Sans parler des couleurs et des contrastes si différents lorsque de gros nuages noirs emplissent le ciel de grisaille. Je vous jure que le lac Louise sans l’eau turquoise mise en valeur par le soleil, c’est pas si fou-fou…

si ma solitude n’était pas sans cesse paradoxalement opposée à des autocars bondés de touristes, des randonnées à la queue-leu-leu, des points de vue grouillants des quelques 300 personnes qui m’entourent. Je ne suis ni seule ni accompagnée. Le clic-clic des photos prises en rafale commence à me faire grincer des dents, le selfie m’attriste encore plus à chaque arrêt. La nature dans toute sa splendeur est devenue un prétexte à la nouvelle photo Facebook. On se prend sous tous les angles en oubliant d’admirer et de se laisser toucher par l’essentiel, puisqu’on pense au cadrage, à sa peau, à ses cheveux et est-ce que je fais pas trop grosse là ? Moi qui rêvais de calme, d’écouter les oiseaux, de chanter dans la forêt… Je n’avais pas prévu de faire un concert pour les 30 personnes autour.

si les logements n’étaient pas si chers ! Je n’ai jamais vu ça ! Les auberges de jeunesse à plus de 60 dollars. Alors oui, c’est des auberges de luxe, c’est beau comme tout, mais ils ont compris le principe du backpacking ? Voyager à petit budget ! Sans parler que les logements sont tous pris d’assaut ! Impossible d’arriver à l’improviste en pensant trouver une chambre en claquant des doigts, à part si vous avez 200 dollars à claquer. Touristique je vous ai dit ! Ciao la spontanéité, l’aventure, le hasard ! Sinon c’est le camping. Et encore là, premier arrivé, premier servi. J’ai testé. J’ai renoncé au bout d’une nuit passée dans ma voiture sur la banquette arrière. Chaque membre était tellement ankylosé que je me réveillais en pleine nuit pour geindre. Pour 9 jours, ça m’ennuyait d’acheter et de me transporter une tente, le matelas et le gonfleur… Donc au lieu de profiter des paysages la fleur au vent, je passais ma journée à me demander comment j’allais trouver une solution pour dormir… Je me suis retrouvée dans les auberges les plus rustiques du pays, sans l’électricité ni l’eau courante, des refuges qui coûtent 30dol tout de même… Une expérience sympathique pour quelques nuits, si on aime faire la vaisselle dans de l’eau sale, ne pas prendre de douche après une journée à crapahuter, se faire manger par les moustiques, surtout lorsqu’on fait pipi-caca sur les toilettes sèches qui sont dégueulasses et puent, MAIS avoir une vue imprenable sur les montagnes et la petite rivière, partager le feu de camp avec des vrais voyageurs à la roots. Magie et authenticité ! Longtemps durant mes voyages j’ai fermé les yeux, là je ne supporte plus…

Finalement, si j’avais été accompagnée, on en aurait surement ri !

C’est dans ces moments-là, d’ultime désespoir, où tu ne sais ni où tu vas, ni comment tu vas dormir, qu’il pleut, que tu ne profites pas comme tu voudrais, et que ça te coute un bras en plus !, qu’être minimum deux ça réchauffe le cœur. Parce qu’à plusieurs on surmonte les coups de mou, les peurs, les épreuves, les galères, on dépasse nos limites, et on prend ça davantage à la légère. Dormir dans la forêt à deux c’est tout de suite plus rassurant. Au-delà de partager les frais, les randonnées, les plaisirs, être avec quelqu’un c’est pouvoir compter sur l’énergie, l’expérience, les connaissances, le cerveau de l’autre pour trouver une solution ensemble et se soutenir quoiqu’il arrive. Quand t’es seule, faut aller les chercher bien loin tes ressources positives ! La différence avec quelqu’un, tout ce qui t’entoure prend une résonance différente. L’énergie des émotions qui nous traversent, provoquées par les aventures que nous vivons, les paysages qui nous émerveillent, circulent de l’un à l’autre. Elle fait écho entre nos corps et l’amplifie encore et encore. C’est ça la magie d’être plusieurs !

J’ai eu l’impression de me battre contre la noyade pendant 3 jours.

Un voyage, ça déstabilise, c’est normal. Encore faut-il se laisser toucher, bercer, émouvoir pour celui-ci pour en retirer une expérience de transformation. J’ai juste eu l’impression de me battre contre la noyade. De rester concentrée sur le fait que je n’arrivais pas à trouver de logement et que ça me paniquait intérieurement. D’être frustrée de ne pas vivre l’aventure du lâcher-prise à fond car les paramètres handicapants pour moi s’accumulaient de jour en jour. La fatigue de cette année éprouvante émotionnellement, le mal du pays et de mon entourage. J’avais simplement envie de rentrer, et je n’aurais jamais dû me forcer la main à partir contre vents et marées alors qu’avant même de partir j’étais déjà à court d’énergie vitale. J’ai même pensé à tout abandonner. Pourtant, si je n’étais pas partie, je l’aurais regretté…

La solitude n’était définitivement pas mon fardeau.

Tant que je sais où dormir et que mes déplacements sont libres, j’apprécie ces instants de silence et de liberté où mes envies n’ont qu’une seule et unique décisionnaire : moi. Je conduis à travers les lacs et les montagnes infinis aux couleurs aciers, les forêts qui tapissent le ciel trop souvent gris et lourd. Je chante fort dans ma voiture, je pense, je me laisse transporter. Le temps passe, les paysages défilent, et je m’arrête aussi souvent que l’ennui, la fatigue, ou l’envie me prend. J’aime ma solitude et ce qu’elle me propose comme expérience. Je le referai volontiers, partir absolument seule, simplement je programmerai mes logements pour avoir l’esprit libre et serein.

Je contemple cette nature si incroyablement belle, surprenante, brute, imposante ; qui pourtant ne m’émeut pas.

Les couleurs me rappellent celles de la Nouvelle-Zélande, si chère à mon âme, sans pour autant surpasser son harmonie vibrante et enivrante. Ici, j’ai du mal à me laisser toucher par les paysages. C’est trop vaste, haut, étendu. Sur des centaines de kilomètres quasiment les mêmes contrastes, éléments, couleurs. J’essaie de les observer pour ce qu’ils sont, sans jugement ou comparaison, pour leur beauté et leur énergie. Mais en vain, aucune émotion ne survient. Je n’arrive pas à faire pénétrer en moi cette nature qui m’entoure, me surplombe, m’écraserait presque, pour dire vrai.

En Nouvelle-Zélande, je me sentais étreinte, comme si j’étais prise, enlacée par les montagnes d’un bras, et les lacs de l’autre. J’étais une partie de cette nature, j’étais elle, et elle était moi. Fusionnées l’une à l’autre, car ma puissance se retrouvait dans la sienne. En équilibre, les énergies autour me transperçaient, me bousculaient, me transformaient.

Jusqu’à ce que j’arrive à Jasper, toute mon énergie était concentrée, créant des nœuds dans tout mon être, sur les difficultés que je rencontrais.

Le manque de fluidité de ce voyage m’a oppressé. Je n’ai su surmonter cette sensation qu’à partir du moment où j’ai su que je resterai à Jasper pour les 5 jours à venir. J’ai apprécié sa taille, son énergie, ses habitants, ses petits immeubles entourés par les montagnes. D’ici, j’ai vadrouillé aux alentours, magnifiques. D’ici, j’ai pu lâcher-prise doucement. Desserrer la poigne anxieuse qui serrait mon cœur tel un étau. C’est alors opéré un changement subtil, le 21 juin, alors que j’étais en voiture à rouler. J’ai été surprise par la présence d’animaux sur la route, deux ours et une famille de wapitis un peu plus tard.

Les animaux provoquent toujours chez moi une sorte d’émerveillement sacré.

La vie sauvage qui émane de leur corps, de leurs yeux, de leurs mouvements, de leur esprit vif qui se laisse bercer par le cours de choses. Leur sérénité. Alors que nous autres, humains, les traquons dangereusement aveuglés par notre seul désir toujours plus fort et stupide. Celui d’obtenir des clichés rapprochés de ces instant pourtant si rares et précieux, qu’il faudrait mieux apprécier avec nos yeux, avec notre cœur, avec nos sens. Seuls à pouvoir créer des souvenirs justes et à la hauteur de cette vision sublime de la nature. J’ai pris quelques photos en passant, je ne me suis pas arrêtée 30 minutes créant un bouchon sur toute la nationale, je ne suis pas sortie de ma voiture risquant d’être écrasée par des touristes devenus soudainement fous ou d’effrayer ces pauvres bêtes qui ne demandent rien à personne, je n’ai pas couru dans les fourrages pour être toujours plus près. Non, je les ai observés droit dans les yeux, calmement, garée le long de la route, enfermée dans ma voiture. 2 ou 3 minutes, puis je suis repartie.

Peut-être que je n’arrive pas à faire entrer l’immensité de cette nature dans mon cœur, dans mon corps, car ceux-ci sont déjà remplis par autre chose.

Contrairement aux voyages précédents, où tout mon être était en quête de réponses, de sens et d’identité, je crois avoir rempli ces puits alors taris, pour pouvoir à présent y puiser l’eau nécessaire. Je ne suis plus assoiffée de beauté et d’extraordinaire, je les porte, un peu chaque jour, en moi. De plus, l’amour m’abreuve depuis peu, rempli ces sources qui avaient tant de mal à fournir assez d’énergie aux terres desséchées qui ne pouvaient fleurir. Je pense à lui tout le temps. Il me manque, sans pourtant avoir envie qu’il soit là. Je vous l’ai dit, la solitude est un cadeau que je savoure. J’ai changé sans m’en apercevoir, depuis que je l’ai rencontré. J’entends résonner dans ma tête ces phrases que j’ai prononcé autrefois à propos de l’engagement, de la vie de couple, des hommes, du mariage. Ces peurs semblent battre en retraite, doucement. Pour la première fois, il me semble naturel d’envisager de partager ma vie, avec lui. Je me projette sans difficulté avec plaisir, joie, envie, amour, fierté. Il nous reste encore du chemin avant de sauter le pas mais celui déjà parcouru en une année m’émeut, me chamboule.

Je me mets à pleurer, enfin quelques larmes d’émotions !

Aucune ne m’avait surprise depuis que je voyage au Canada. Celles-ci m’ouvrent les yeux sur les beautés qui m’entourent. Il semblerait que quelque chose se dénoue à l’intérieur de moi, et que la sérénité refasse surface, accompagnée par l’enchantement et la gratitude d’être ici, au cœur des rocheuses canadiennes, à voyager.


Globe-trotteuse et auteure du livre “Hémisphères en mouvement”, le voyage est pour moi une quête de sens et d’identité, une initiation à des prises de conscience et des transformations. En route vers un voyage intérieur !

J’anime également des ateliers qui associent intelligence collective et émotionnelle, afin de se (re)découvrir sous différents aspects de notre potentiel.

N’hésitez pas à me contacter et à me suivre sur les réseaux sociaux !

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5 thoughts on “Mon voyage en solitaire dans les Rocheuses canadiennes, le roadtrip de trop.”

  1. Sympa ton article mais désolée pour toi que tu n’es pas profité comme tu le souhaitais… Je ne suis jamais allée au Canada mais je suis depuis plusieurs mois en Nouvelle Zélande et la nature j’en prend plein les yeux! des randonnées seule au monde j’en ai fait plusieurs fois et oui moi aussi je trouverais ça frustrant de ne pas faire un « vrai » back pack avec l’esprit et le prix qui va avec.

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