Canada

L’interminable hiver québécois

L’hiver québécois, une expérience de vie, de survie, de résistance. Le froid ? Ce n’est pas le pire… Les -20, -30 degrés sont supportables, car comme ils disent ici « Il n’y a pas de mauvaises températures, seulement de mauvais vêtements« . J’ai supporté les températures extrêmes, avec ce goût d’adrénaline dans le corps, de challenge.

Non, le plus difficile, c’est la longueur de cet hiver, cette petite mort. 6 mois, je le savais, on m’avait prévenue et mise en garde. Pourtant le vivre a été un vrai calvaire dont je sors à peine. Vous savez ce que c’est 6 mois d’hiver ? La moitié de l’année. Sans rire, il faut le vivre une fois dans sa vie. Pour tester sa résistance à la solitude, à la fatigue, à l’isolement, à cette atmosphère ralentie, parfois éteinte de la ville et de la nature, où tout s’arrête. La vie qui s’échappe et s’endort.

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6 mois d’hibernation.

Novembre. Premières neiges, les flocons qui s’envolent. L’émotion des premières fois. Les arbres et toutes les surfaces sont habillés d’un blanc pur et léger. Je skype ma famille des étoiles dans les yeux, le bonheur d’un hiver véritable. Le coeur remplit d’excitation. Ralentir le pas. Contemplation en conscience du silence. L’éloge de la lenteur qui commence à prendre son règne.

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Décembre. Noël comme on en rêve. L’atmosphère douce et sucrée, l’enchantement opère. Ski, luge, chiens de traîneau et motoneiges, paysages incroyables. Si le Paradis existe, il doit ressembler au sommet des collines canadiennes. Les arbres tellement chargés d’eau cristallisée qu’ils semblent peiner sous le poids de l’émerveillement. Au Québec, les étoiles qui sont cachées dans le ciel tombent sur le bout de votre nez en une pluie de lumière et de beauté.

Janvier. Le froid s’intensifie, le vent et la glace. J’ai l’impression d’être en vacances dans une station de ski. L’équipement, l’ambiance ouatée, la démarche lente et suspendue. Le calme. Les couleurs et les textures qui illuminent la ville et mon quotidien. Je patine avec ou sans patins sur le verglas, poussée par le vent. Chaque sortie est une aventure, une expédition à travers le froid intense.

Février. Je me lève un matin, et c’en est assez. L’enchantement a pris fin. Minuit est passé, le carrosse redevient citrouille. Ma vie au Québec se résume aux teintes moroses. 50 nuances de gris. Jour après jour la même atmosphère pesante qui m’écœure. Les redoux de température font fondre la neige qui laisse place à la glace. C’est pire. Faux espoir. Désespoir. La doudoune, les bottes, les multiples couches de vêtements sont devenus un rituel irritant. Sous l’effet du vent et du froid mes cuisses deviennent des stalactites qu’un rien pourrait briser. Morsure douloureuse.

Mars. Ça ne se terminera donc jamais ! Les tempêtes et le froid n’ont pas dit leur dernier mot. La vie s’est éteinte depuis plus de 4 mois à présent. Plus de couleurs, plus d’odeurs, de fleurs, de feuilles ou d’animaux. Pas âme qui vive. Je suis fatiguée, je n’ai envie de rien. La vie ici me bouffe toute mon énergie. Je ne me reconnais pas. Si l’enfer existe, il a dû s’inspirer du Québec en plein hiver…

En son et en image, vidéo à la hauteur de mon désespoir 🙂

Avril. Le mois du printemps, du renouveau, de la naissance du vert et de la chaleur timide du soleil. Le mois où je suis née et où la vie reprend ses élans vivaces. Sauf au Québec… Ma doudoune reste toujours ma seule constante vestimentaire. Des soubresauts d’été fugaces me mettent dans des états d’euphories malaisants. Pics d’humeurs aux températures bipolaires. Je m’entends sacrer en québécois pour la première fois « Ostie de neige, j’suis pu capable !!! « .

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Mai. La neige disparaît peu à peu. L’espoir renaît, éclopé. J’ai perdu toute spontanéité quant à un retour franc du vert et de la chaleur. Je me méfie. Pourtant, les écureuils et les marmottes sont bel et bien de retour ! Les petites pousses osent sortir ici et là, des fleurs violettes qui me redonnent le sourire. Mes erreurs vestimentaires, la doudoune qui devient trop chaude, JOIE ! Le feu qui rugit en moi dès qu’il fait 15 degrés, je pourrais sortir nue je crois ! Les rues s’emplissent, je découvre les styles différents de mon quartier si animé. Les gens sont beaux, les gens sont excités, les gens sont si différents lorsqu’ils peuvent s’exprimer dépouillés des épaisseurs !

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Mais… l’hiver aura eu raison de moi. Une partie de moi est morte cet hiver-là. Il fallait peut-être en passer par là pour renaître différente. Heureuse d’avoir vécu ce baptême du froid qui m’a beaucoup appris sur moi, sur ma façon d’avoir tellement besoin de sortir, de bouger, de me sociabiliser, de courir partout. Quitte à me brûler. Peu sportive, un budget serré, les activités extérieures m’ont vite lassée. Le froid pour apaiser, pour se recueillir en soi, pour ressentir les bienfaits de l’isolement et de l’hibernation. Pour maturer.

La nature s’exprime et vit de bien des façons. La nature ce n’est pas que l’eau qui jaillit et les fleurs qui flamboient. La nature est aussi le désert aride, l’hostilité fade, la rudesse monotone, la mort. Quelle admiration j’ai pour la terre, les arbres, les fleurs et les animaux, de déployer toute cette énergie pour renaître malgré tout, reprendre sa place, ses droits, lorsque le temps est venu. Quelle belle leçon de vie !

Pourtant, je ne peux prendre racine ici avec toute cette glace qui me fragilise, et me paralyse. Ce n’est pas mon élément, ma matière, mon terreau. Je suis une fille du feu, une fille d’avril. Premier signe du zodiac, je lance la roue, le cycle. Je suis renaissance, je suis l’éveil du vivant, le mouvement vif. Je suis l’énergie qui se densifie pour donner l’élan à un temps inédit. Je suis avril, le printemps et ses espoirs colorés. 



Pour en savoir plus sur mon livre et me suivre sur mon compte Medium où je publie d’autres articles sur des thématiques sensiblement différentes.

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6 thoughts on “L’interminable hiver québécois”

  1. Je viens de vivre mon première hiver québécois à Québec et je me retrouve totalement dans ta description des différentes phases très bien écrites !
    Et très belles photos.
    Maintenant nous sommes en mai: j’attends toujours le printemps ! (Il pleut depuis des semaines..)

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  2. Bonjour !
    L’hiver est une invitation aussi je trouve : une invitation à être en soi, à ralentir, à prendre soin de soi. Mais je ne le trouve pas mort, je le trouve seulement différent. Il a des charmes moins évidents que la saison estivale, certes. Mais il ne casse pas forcément le rythme. On peut tout à fait continuer à sortir, à rencontrer des gens et à échanger. Il ne s’oppose pas à l’été : il le rend incroyablement vivant, quand l’été rend à son tour l’hiver terriblement magique. Ce sont des saisons qui se complètent…
    Il paraît qu’il faut 5 hivers pour savoir si l’on peut s’y faire… 😉
    Bon courage, le printemps n’est plus loin !

    J'aime

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