Autour du Monde, Voyage intérieur

J’ai commencé à voyager parce que j’avais peur d’être ennuyeuse

L’histoire banale d’une fille comme les autres.

23 ans. J’avais eu le temps de finir mon Master à Lyon, de travailler 3 ans en alternance dans la même entreprise à Paris, de me lasser de ce poste qu’on allait pourtant m’offrir en CDI, et de me voir proposer un doctorat sur l’intelligence émotionnelle.

23 ans. J’avais eu le temps de tomber follement amoureuse, d’en souffrir à mourir, d’avoir quelques petites histoires qui finissaient toujours par des larmes et des regrets. L’éternelle rengaine déclinée sous plusieurs profils masculins. Relations complexes et torturées.

23 ans. J’avais des amis, des connaissances, des soirées. J’avais une famille décomposée, recomposée. Les dimanches chez Papa, les Noëls partagés, les vacances à l’étranger en famille. Des disputes à se déchirer. J’étais l’adorée et l’incomprise.

Pourtant je n’avais rien à dire.

Lorsque je relis les premières lignes écrites dans mon livre à quelques jours du grand départ en Décembre 2014, j’y écris :

« J’ai 23 ans et j’ai l’impression que je n’ai rien vécu d’exceptionnel. Que vais-je raconter à mes enfants et mes petits-enfants lorsque mes vieux jours ne me laisseront que des souvenirs embrumés à partager ? »

Quelle marque laisserai-je de mon passage sur Terre ?

J’ai refusé tout ce qu’on me proposait. Le doctorat. L’emploi. Le dernier copain. Je suis partie seule.

J’ai sauté avec un cœur gonflé de bonheur, gros comme une montgolfière.

J’étais loin de savoir ce que je sais aujourd’hui, j’étais loin d’être celle que je suis maintenant, et pourtant je suis partie avec cette innocence mêlée d’une profonde certitude : celle de vivre la plus grande aventure de toute ma vie.

J’étais ivre de joie et morte de trouille, mais une peur qui donne des ailes et des étoiles dans les yeux. C’était le plus beau départ de tous mes allers-retours, bien plus joyeux que celui pour l’immigration au Canada. Mais ça, c’est une autre histoire…

4 pays, 1 année, des rencontres et des péripéties à noircir des cahiers entiers d’aventures et d’émotions.

Melbourne – Crédit : Marion Swar

Ce que je raconterai à mes enfants et à mes petits-enfants ?

La main tendue et le cœur généreux de ces personnes qui ne me connaissaient pas et qui m’ont fait dormir sous leur toit à Sydney, Melbourne, Townsville, Byron Bay, Païta. La peur bleue que j’ai eue la nuit où un mec bourré qui s’est écroulé sur notre tente au beau milieu d’une forêt déserte. Les galères, les disputes, les doutes, les pleurs, les mensonges qui parsèment le voyage, tel un concentré de vie condensée en quelques mois.

L’intensité des relations où tout se crée dans l’instant, où l’éphémère nous relie, où l’absolu se densifie : c’est maintenant ou jamais. Des amitiés pour la vie affranchies de la distance. Les histoires d’un soir rencontrées au bar, où les moyens artificiels sont devenus superficiels pour provoquer la rencontre. Les histoires d’amour, mieux que dans les films, les nuits passées au clair de lune.

L’énergie que me procuraient les verts tropicaux, les bleus turquoise, le sourire radieux des gens heureux, le chant des oiseaux, la danse des baleines, la lumière des sommets enneigés. L’harmonie silencieuse et bienveillante des terres sacrées aborigènes. Les randonnées épuisantes mais sublimes, les kilomètres de routes sans savoir où est-ce que j’allais dormir, les navigations en pleine mer à scruter l’horizon et observer les tortues.

La liberté de ne pas savoir, ni ce que j’allais faire dans quelques jours ou quelques mois, ni celle que je voulais être. Le choix du non-choix. Le respect d’aucune obligation, sinon de celle de vibrer avec l’instant présent dans ces moments agréables ou parfois difficiles.

Le privilège de me rencontrer, parmi toutes les autres rencontres. Toucher mes cordes sensibles et mes blessures, réveiller mes démons, apprivoiser mes peurs, assouvir mes désirs, révéler mes talents et mes qualités, découvrir mes limites. Apprendre à me connaître, à nouer un lien de confiance, à désarçonner les cadenas, faire tomber les masques.

La spiritualité retrouvée comme symbole de mon voyage dans chaque pays, aux expressions différentes et pourtant porteuse du même message : « Je suis ». Je suis dans le ciel à jouer avec les lumières de la nuit prétextant un orage aux éclairs divins, je suis dans la terre à faire vibrer tes pas, je suis dans l’océan à te chanter la vie, je suis dans le regard des gens que je mets sur ton chemin, je suis dans tes ombres et tes lumières, je suis dans tes larmes et tes colères. Je suis dans ton élan amoureux et en son absence. Je suis dans la plénitude et dans le vide. Je leur parlerai de cette journée où tout s’est assemblé pour semer en moi une graine porteuse du sens sacré.

Je leur dirai que ce fût la meilleure décision de toute ma vie.

Que j’ai une gratitude infinie envers ce qu’elle m’a apportée directement ou indirectement. Tous ces rêves réalisés, non sans sacrifices, non sans embûches. Ce que j’ai vécu personne ne peut le certifier d’un diplôme, d’un savoir ou d’une compétence professionnelle, mais cela surpasse tous les apprentissages.

Ce que j’ai vécu personne ne peut me le retirer.

Enfin, surtout, je leur dirai « Partez, voyagez, et vous vivrez ».

 

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2 thoughts on “J’ai commencé à voyager parce que j’avais peur d’être ennuyeuse”

  1. Bon… j’ai comme l’impression que je ne vais pas pouvoir m’arrêter de la soirée! Je suis en train de dévorer tes articles. Chaque mot raisonne, mon cœur fait des bonds et mon âme sourit. Je suis trop contente de t’avoir rencontré aujourd’hui.
    Merci pour les émotions qui se bousculent, pour les images qui m’évoquent quelques souvenirs et pour le partage de tes réflexions. Tu tombes vraiment à pic dans les miennes!

    Aimé par 1 personne

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