Canada, Voyage intérieur

#Québec, deuxième envol

Je m’envole pour Paris. Une semaine de lecture selon l’université, offerte pour rattraper nos lectures et travaux… Une semaine pour se reposer selon les étudiants… Une semaine qui s’annonce tout sauf studieuse ou reposante pour moi. Une semaine déjà noircie dans mon agenda telle une jeune ministre des affaires étrangères sur le sol parisien. Je décolle avec Charles Aznavour dans mes oreilles qui me susurre ses mots d’écriture qui me font toujours frissonner, « écrire comme on parle et on crie ». Puis s’enchaine la bande-originale d’Inception avec Time qui provoque toujours des envolées grandioses au cœur de mon palpitant. « Promets-moi de ne pas pleurer en rentrant », me chuchote ma petite voix intérieure. Je prends le temps d’analyser mes sensations intérieures. « Je ne peux rien te promettre, tu le sais bien », je lui réponds en souriant déjà consciente du contraire.

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Deux mois. J’ai tenu deux mois sans revenir sur ma terre. Deux mois que je suis installée à Québec. J’ai déjà craqué. Comment ce départ peut-il être si différent de l’année de voyages que j’ai vécue ? Comment puis-je ressentir ça, ça dans mon cœur et dans ma tête alors que je suis déjà partie une année sans jamais avoir eu le mal du pays et de mes amis au point de vouloir rentrer ? Je pensais connaitre l’inconnu, le manque, la distance, la sensation de recommencer à zéro, la peur, l’inconfort, le déséquilibre. J’ai connu tout ça. Pourquoi aujourd’hui est-ce si différent, si difficile ?

Je suis partie du principe que ça allait être la même chose. Je suis naïvement partie en étant persuadée que voyager à l’autre bout du monde pendant une année, ce qui signifie partir à l’aventure, sans rien connaitre, rien ni personne, sans plan, sans intention de retour, sans jamais vraiment poser ses valises, en limitant grandement les relations de longue durée, en n’ayant ni maison ni attache, ni cadre, ni contrainte. Sauter dans l’inconnu et cultiver la liberté. J’ai cru que ça, ça allait se reproduire. Suis-je crédule à ce point-là ?

A quoi m’attendais-je ? Cette fois je ne suis pas partie voyager, je suis partie pour m’installer, m’intégrer, m’établir, poser mes valises à un endroit bien fixe. Créer des relations sociales sérieuses, de longue durée, de longue haleine, où le quotidien reprend son cours, où les contraintes surviennent de toute part, où la notion de liberté perd un peu de sa splendeur.

Je me suis mal écoutée. Je me suis trompée sur mes envies et intentions. Clairement. Je suis rentrée de voyages en sachant ce que je ne voulais pas faire, en ayant une vague idée de ce que je voulais faire, et j’ai pris la seule issue de secours que je voyais. La seule que l’on me proposait et qui avait de beaux signaux lumineux. Attrayante. J’ai vu des étoiles dans les yeux des autres et j’ai essayé de les coller dans les miennes. Quelques mois plus tard me voilà en doctorat à Québec. Et patatrac… c’est le drame. Si je m’étais écoutée deux secondes, si j’avais envisagé d’autres portes de sortie, j’aurais pu apercevoir que ce n’est pas étudier que je voulais, mais construire. Faire. Créer. Donner. Se projeter. S’impliquer. La maitrise se trouve être un choix par défaut, décidé dans l’urgence et pour surtout ne pas me retrouver « sans rien faire ». J’ai passé deux ans à prendre du recul, prendre le temps, prendre les sentiers invisibles, à présent je souhaite répondre à cet élan qui me pousse vers l’extérieur. Qui me pousse à agir. Il est venu le temps pour l’arbre de donner ses fruits. Voilà ce qui résulte douloureusement de ces deux derniers mois. Lancer des bouteilles à la mer, avec un empressement à la limite du désespoir, aux entreprises et consultants qui m’intéressent en France et au Québec.

D’ailleurs à peine le pied posé sur le sol français, je saute déjà dans le métro parisien pour rejoindre le PDG d’une des entreprises qui m’a répondue. Lors de cette semaine au rythme insensé, j’aurais d’ailleurs un second, puis un troisième rendez-vous semi-professionnel, histoire d’échanger, de discuter, de tendre l’oreille sur leurs conseils et leurs visions, et leur montrer qui je suis et vers quoi je veux aller. Mon profil intéresse, d’autant plus que je fais une maitrise au Québec. Je vois encore des étoiles dans leurs yeux. C’est dingue ce que l’étranger fait rêver l’inconscient collectif. Je suis abasourdie. J’ai de la difficulté à comprendre cet attrait si prononcé pour tous les pays développés excepté le nôtre, la France. Pourquoi moi, plus je pars et plus je vois tout ce que la France a de bon à proposer ? Entre parenthèses, j’ai trouvé des groupes sur Facebook d’expatriés français vivants au Québec qui ne rêvent que de rentrer au pays. Dans ce groupe, je me sens moins coupable, et on peut se lâcher un peu sans complexe. Il faut arrêter avec cette pression sociale : comme toute chose, l’étranger c’est bien pour ceux qui s’y sentent bien. Il semblerait que l’immigration soit obligatoirement liée à un degré élevé de satisfaction par une sorte de contrat social. « Etranger » égal « bonheur ». Non négociable.

Comment vous résumer cette semaine à Paris… ? Impossible. Mon prochain livre en entier pourrait vous parler de cette semaine en particulier. J’ai dû voir une bonne trentaine de personnes, j’ai passé mon temps entre les cafés, les restaurants, les bars, le métro, à raconter encore et encore les mêmes histoires de mon changement de programme universitaire, de mon installation, des gens, de la ville, de mes émotions, de mes envies, de mes déceptions, de mes doutes.

Deux séances de dédicaces pour mon livre. Moments extraordinaires où j’ai l’impression qu’une autre Marion sort de mon corps et parle à ma place de ce livre, de ce que j’ai voulu raconter, des prochains projets, signe sur la première page, et remercie les personnes qui ont acheté mon livre. On ne va pas se mentir, une séance de dédicaces quand tu n’es pas connue, c’est essentiellement de l’attente. Trois heures assise sur une chaise à essayer de sourire et de donner envie aux personnes pressées qui passent devant toi de s’arrêter deux minutes pour t’écouter parler de ton livre. Essuyer de nombreux refus. Les voir t’écouter alors qu’ils n’ont qu’une envie : continuer leur course. Pas une seconde j’ai trouvé ça pénible, vexant ou blessant, j’aurais fait exactement pareil si j’avais été à leur place. Entre nous, qui s’est déjà arrêté à la table d’un auteur inconnu qui dédicace son livre ?

C’était facile, c’était plaisant, c’était gratifiant car pour chaque personne qui s’arrêtait avec l’intention sincère de partager avec toi des moments de leur vie, de leur famille, de leurs voyages, pour chaque personne touchée par mon histoire, pour chaque personne assez touchée pour acheter le livre d’une inconnue à 15 euros, j’ai eu envie de pleurer. J’ai été profondément émue par cette jeune fille de 18 ans qui rêve de partir en Australie depuis qu’elle a 6 ans, accompagnée par sa mère morte de trouille de la voir partir un jour. Les étoiles dans nos yeux, nos cœurs qui battaient à l’unisson, nos rêves portés par l’enthousiasme. J’en ai encore le ventre qui tremble et les larmes qui me chatouillent en écrivant… c’était beau, c’était fort, c’était touchant, cette force qui émane d’un rêve en devenir d’un côté, et un rêve accompli de l’autre. Puis, cette signature : « Pour Marion, » Marion 2 ou 3 ans qui me regarde du coin de l’œil, emmitouflée, chipie, cachée derrière sa maman. Cette fois, j’ai bien cru que j’allais chialer… ! C’était magique. Je ne le ferais peut-être qu’une fois dans ma vie. Bien sûr, beaucoup me demande une suite à ce premier livre, mais sait-on jamais. J’ai préféré profiter de ce moment unique.

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Puis, il y a eu l’atelier d’intelligence collective (Station FOMO), sur lequel j’ai écrit un article. Bon sang, que ça me manque ce genre d’événement à Québec City ! A Paris, je n’avais pas assez de jours dans la semaine pour tous les faire. Cet atelier m’a émue, la cohésion des gens, cette alchimie qui planait au bout de quelques heures, l’envie d’aider l’autre, ça m’a redonné un début d’élan.

Il y a eu toutes ces après-midis et soirées avec mes petites planètes. Ces personnes autour desquelles je gravite. Ces personnes qui gravitent autour de moi. Nous tournons les unes autour des autres. Lorsque je suis avec elles, mes planètes, je me sens chez moi. C’est mon Univers. Je retrouve ma Terre. Ma Terre qui tourne dans le bon sens. Ma Terre fertile. Ma Terre dans l’accueil, dans la bienveillance, dans le « donner et recevoir », dans la chaleur intime des étreintes individuelles et collectives. Ma Terre de partage.

Avant ce moment dans ma vie, celui où je suis rentrée d’Australie et cette rencontre avec ces jeunes personnes transportées par cette envie poignante de vouloir changer le monde, je ne sais pas si je peux réellement dire que j’ai eu des amitiés. Si, j’ai eu des amis, au sens commun de la chose. Leur rencontre a profondément modifié le sens que j’avais de l’amitié. A leur contact, j’ai changé ma façon d’envisager les relations. C’est en ça que réside la force de notre amitié, ils m’ont transformé en une version plus adaptée, plus sereine et plus confiante quant à ma vie sociale. Et toutes mes anciennes et nouvelles amitiés se sont transformées en même temps en ce sens profond, équilibré et sincère de partage et d’authenticité. Aujourd’hui, je ne me sens pas seulement entourée par mes proches. Je me sens soutenue.

Tout était à sa place. Les amis, la famille, l’appartement, le chat, la ville, le métro, la vie. Je n’ai pas eu le temps de flâner dans les avenues, d’admirer Paris la nuit sous ses lumières, ni la Seine avec ses ponts majestueux. Parfois, je me suis surprise à penser à Québec, à ses rues esseulées, sans un chat à la nuit tombée, le calme profond, la Lune qui brille bien plus qu’à Paris, les écureuils, les parcs, l’horizon, les étendues, l’espace, la pierre rouge des bâtiments, l’odeur. Les gens. J’ai loupé deux cours de danse avec regret. Mon appartement, ma chambre, sobre et élégante, rangée, spacieuse.

L’aéroport. Bondé. Séparation rapide avec ma mère, je suis en retard. Dans la queue, j’attends. Je me retourne. Elle est loin. Vague de 10 mètres qui prend naissance dans mon ventre et remonte vers ma poitrine qui se compresse. Respiration coupée et lèvres pincées. « Il faut faire descendre l’eau, vos émotions. Si vous les faites remonter dans votre cœur et votre tête, vous perdez le contact avec vos origines, avec vos mémoires… » Débloquer la respiration, faire redescendre la vague dans mon ventre. Une, deux inspirations. Apaisée. Faire redescendre dans son ventre… c’est ramener à l’origine, à la mère, à l’utérus, à la création, à la sécurité, à la chaleur, au réconfort, à l’apaisement. Je souris. J’ai compris. Je m’envole légère, sans larme, sans cœur compressé, sans regret, sans peur, sans nostalgie. Finalement, tu vois, je n’ai pas pleuré.

Un deuxième envol. Forte de mes appuis, de mes racines, de mes soutiens, des planètes qui gravitent autour quoiqu’il arrive dans le bon sens. Renflouée d’amour, de joie, de sourire, d’espoir, de foi en l’humain et en sa force de cohésion et d’innovation. Fixée sur le fait que les entreprises et les professionnels voient comme une force et un atout mon diplôme au Canada. Je rentre chez moi. Heureuse, soulagée, enthousiaste. Depuis, un feu immense brûle dans mes entrailles. Le feu de la création. Une énergie débordante dévore les projets qui s’accumulent ! Je revis ! Les personnes autour de moi me le font remarquer de diverses manières. J’entends des mots jolis, des mots encourageants, des gestes touchants.

Je m’étais trompée de voie au départ, me voilà repartie sur un autre chemin ! De belles possibilités s’enchainent et se présentent à moi. Je compte bien profiter du temps imparti au Canada, peut-être que je n’aurais plus jamais l’opportunité d’y retourner. Vivre le moment présent dans tout ce qu’il peut apporter de bon et de vrai.

 

Je ne pouvais pas mieux trouver comme analyse pour refléter ce dont j’étais persuadée mais que je n’avais jamais vécu dans mon corps, jusqu’à ce que j’arrive au Canada, et que je ne me sente pas à ma place. Je me rappelle avoir entendu cette voix intérieure qui m’a crié, dans un mouvement de panique et de tristesse absolue : « tu n’es rien, tu n’as pas de maison !« .  L’effondrement. Puis, lentement, avec le temps, j’ai regardé de nouveau à l’intérieur de moi. Ma seule et unique maison.

Isabelle Padovani l’exprime tellement mieux que moi au travers de ces conférences sur la communication non violente :

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7 réflexions au sujet de “#Québec, deuxième envol”

  1. C’est sympa comme article, plutôt prenant, ça donne envie d’en savoir plus sur la suite de vos aventures et sur votre bouquin (je reviens d’Australie récemment également, j’étais un peu perdu aussi :)) ! En revanche cette façon d’user et d’abuser des listes ponctuées, pour donner un rythme, ça devient vite lassant, répétitif, ennuyant, ça donne envie de sauter le paragraphe pour aller au suivant, d’avoir la fin de l’histoire sans lire toutes ces redondances 🙂

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  2. Je viens de lire votre article et je me suis un peu reconnue. Je m’appelle aussi Marion (^^), cela fait 4 mois que je suis à Québec dans le cadre de mes études et il a été difficile pour moi de trouver mes repères dans cette ville. Je pense aussi que le fait de se ressourcer, de retrouver ses proches est plus que bénéfique (j’attends les fêtes de fin d’année avec impatience lol). Je pense pour ma part que c’est la ville qui ne me convient pas étant habituée à la région parisienne. Ça fait plaisir de voir une personne qui ose dire la vérité sur son expérience à l’étranger, ça change !

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  3. C’est drôle le ressenti de chacun , pour moi Paris est la ville que j’aime le moins car pas propre(il n’y a qu’à voir le métro) mal fréquentée avec des roms qui nous harcèlent et qui agressent les pauvres touristes chinois eux même encore agressés et volés par les jeunes de banlieue entre Roissy et le centre ville sans que personne ne s’offusque de cela. Les gares avec des bandes qui se battent etc… Je compare Barcelone à Paris’et il n’y a pas photo, cette ville espagnole est propre, sécuritaire près de la mer et des montagnes aucun rapport avec Paris !

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    1. Ahah merci Jack pour ton retour 🙂 Paris c’est mes racines, mes souvenirs, mon adolescents, c’est difficile de renier tout ça alors que j’ai passé toute ma vie là-bas ! Donc c’est plutôt des attaches affectives, ma famille, mes amis, ma nostalgie 🙂

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  4. Je comprends tout â fait ce que tu veux dire c’est vrai que les racines comptent énormément dans la perception d’un lieu. J’ai grandi à Madagascar et au Niger jusqu’à mes 10 ans et c’est là que sont mes racines je pense !

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