Voyage intérieur

Les jours de pluie ou le « post-travel depression »

Je suis retournée dans le moule préformé du quotidien banal de notre société. Avec toutes mes expériences grandioses de rencontres et de liberté. Je suis de l’autre côté de l’océan certes. Québec est belle, à taille humaine, proche de la nature. La nuit je vois la Lune qui brille comme rarement j’ai pu la voir dans une ville urbanisée, j’ai des forêts accessibles à quelques minutes de bus ou de marche, les couleurs de l’automne sont splendides, les écureuils courent partout. Mais je suis dans une boite. Je suis retournée dans la boite. Parfois, j’ai l’impression que je vais exploser. Je me sens totalement étouffer, suffoquer, périr dans cette putain de petite boite. Certains jours, je peux passer ma journée à tourner en rond, à pleurer, à rester complètement amorphe face à ce constat déchirant : je suis enfermée. C’est souvent les jours où l’horizon se trouble de nuages, où le ciel est bas, où la pluie inonde mon regard. Mon esprit, par effet de mimétisme sans doute, s’embue d’un épais brouillard.

J’ai repris mes études. Je ne comprends pas ce qu’on me demande, je ne comprends pas le but d’apprendre ces pages, ces livres, ces théories, ces méthodes et pratiques managériales. Je ne comprends pas le sens de tout ça. Je ne peux pas me concentrer plus de 10 minutes sur une lecture. Rien ne rentre. Mais bon sang… il y a encore un an j’escaladais les parois des montagnes, je sautais au-dessus des rivières, je parlais à des aborigènes, je chantais dans la forêt tropicale avec les perroquets aux couleurs du feu et du ciel, de quoi vous me parlez là ? Il y a un an je méditais sur la plage en compagnie des dauphins et maintenant vous exigez de moi de le faire 5 fois par semaine mais enfermée dans ma chambre seule ? J’aime ma formation, j’aime l’avenir qu’elle me propose, j’aime certains cours. Mais ça reste du bourrage de crâne pour beaucoup d’autres matières. On nous apprend à penser d’une certaine manière, selon un dictionnaire et une méthode bien précise, puis il faut bien tout recracher.

Certains jours, j’ai du mal à respirer, à réfléchir, à me calmer, à vivre. Ça recommence. Deux ans que je n’avais pas connu cette sensation. Je me demande ce que je fais là, au moins une fois par semaine, loin de tout ce que je connais, loin de tout ceux que j’aime, pour être enfermée dans une boite. Quitte à être dans une boite je préférerais être chez moi…

Alors j’ai des idées folles. Je commence à penser que le semestre prochain, je ne prendrai que des cours à distance et je me barre. Je retourne voir la forêt tropicale, les oiseaux enchantés, les dauphins rieurs, les maoris tatoués, les montagnes enneigées, les fleuves et les cascades. Quitte à être loin autant être bien. Je suis perdue… perdue alors que je pensais avoir trouvé le chemin. Peut-être que je me suis trompée… Ça arrive de se tromper…

Je voulais donner tort à toutes ces personnes qui vivent mal leur retour, qui trouvaient ça trop difficile, trop abstrait et en décalage. Je voulais donner tort à toutes ces personnes qui me disaient que ça allait être difficile pour moi. Toutes ces personnes qui s’inquiétaient. Mais… c’est moi qui avais tort. Ça a juste pris plus de temps que les autres à faire surface. Au début, j’étais tellement bien, tellement en accord avec moi-même, sereine et certaine. J’étais bien parce que j’étais de retour chez moi et que je continuais à être libre. Libre. Libre d’aller où bon me semble, d’apprendre de mes expériences, à mon rythme, de continuer de me développer, d’être inspirée et d’écrire, de voir mes amis, d’élargir mon cercle de personnes alignées et inspirantes. Libre de rester avec ma famille et heureuse d’être à leurs côtés. Libre de choisir ma vie.

Aujourd’hui on me dicte absolument tout. Les autres choisissent à ma place. Et entre deux crises d’impatience, j’entends dans ma tête la voix de mes parents qui me répètent que c’est ça la vie. Et j’ai envie de hurler – c’est fou cette violence qu’il y a en moi et qui ne s’exprime jamais – parce que ce n’est pas la vie que je veux, MERDE !!!

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Hormis les jours de pluie, disons, que dans l’ensemble, si je fais le bilan de chaque journée depuis un mois, je vais bien. Ça va. J’en suis rendue là. Ça va. Vous avez envie de vivre avec un « ça va » ? Pas moi. Ne me demandez pas ce que je veux faire. Ne me demandez pas aujourd’hui. Je suis incapable de vous répondre. Je suis de toute façon de mauvaise compagnie lorsque mes idées s’embrouillent de la sorte.

Reste la foi. La foi, c’est tout ce qui me reste de mes voyages. Tout ce qui vit encore en moi. Je la sens. Je la sens quand je raconte mes périples au bout du monde et que je me mets à pleurer parce que ça me manque, et que ça me rend malade d’être cloisonnée entre quatre murs. L’espoir que tout ça mène quelque part. Que j’ai à apprendre de cette expérience aussi. J’ai l’impression de vivre le récit de l’Alchimiste de Paulo Coelho. Ce berger qui part si loin de chez lui en croyant poursuivre un trésor qui se trouvait en réalité sur ses propres terres. Toutes ses explorations l’ont rendu meilleur, ont transformé le métal en or. L’alchimie.

La musique que j’écoutais à fond dans mes oreilles dans la première partie du texte. Heureusement dans la vie, il existe ce type de musique pour éclaircir les jours de pluie… Et fait complètement improbable, je n’ai jamais vu ce clip, et c’est un mec qui sort d’une boite pour aller vivre une expédition complètement loufoque… La vie est rieuse parfois.

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7 réflexions au sujet de “Les jours de pluie ou le « post-travel depression »”

  1. C est fou comme nos parcours se ressemblent…
    Il y a peu j ai réalisé que quelque chose qui avait pu me rendre heureux un jour pouvait me rendre malheureux a un autre moment, quand bien même je le croyais éternel. Alors, considérant qu il était vain de chercher a tout prix ce truc parfait qui me rendra éternellement heureux, j ai commencé à essayer de développer ma capacité à accepter le compromis, et à me confronter sur la durée a des réalités que je sais imparfaites…
    Peut être ça te parlera ?

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  2. Douce et rebelle.
    Belle et douée mais qui ne le voit pas…
    Moi qui dévore tous les livres depuis l’âge de 5 ans, avec cette vieille expérience de lectrice de tout sinon en manque , depuis que je te lis, je sais.
    Je sais que tu es faite pour ça.
    Je te l’ai déjà dit. Continue Marion.

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  3. Moby… ça me projette loin en arrière, un des derniers CD que j’ai dû acquérir. Ah les jours sombres et pluvieux, toute mon adolescence et plus encore. Ma colère à l’époque était plus tournée vers l’extérieur, Familles étouffantes, Société aliénante, injuste et brutal… enfin tu vois… Oui les réalités imparfaites, les murs invisibles, les boites, les sentiments perdus… et nous au milieu écoutant le tic-tac de l’Horloge. Le spleen des êtres empathiques a encore de beaux jours devant lui. Je ne sais pas si cela t’aidera (je n’ai pas d’expérience personnelle en la matière) mais sache que les jours de pluies Je t’Aime encore plus.

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