Canada, Voyage intérieur

#Québec : Derniers jours de liberté ?

Trois semaines depuis ce jour à l’aéroport, devant la porte des possibles et de l’inconnu. Déjà. Le temps file à une allure…En trois semaines sur le sol Québécois, j’ai eu le temps de déprimer, d’être perdue, de me laisser traverser par la peine, le manque, le regret, le sentiment d’être étrangère à toute chose. Puis, je me suis installée dans mon propre appartement, j’ai fait connaissance avec ma très sympathique colocataire québécoise, j’ai posé mes affaires, décoré ma chambre, mis des couleurs, des odeurs, des balises de tendresse et d’amour un peu partout. J’ai fait le tour de mon quartier. J’ai eu le temps de profiter du soleil qui tape fort sur ma peau lorsque je me perds volontairement dans les ruelles du centre-ville. De trouver les bars et les cafés stylés, d’apprécier la brique rouge des anciens immeubles ouvriers, de m’amuser des rues où des personnalités hors du commun évoluent ensemble, un quartier alternatif on appelle ça. Des artistes, des originaux, des chics décalés, moins décalés, des bobos, des hipsters, des hippies. Mélange multiculturel. J’ai eu le temps d’aller m’évader dans les verts canadiens. Puis, vient le temps d’appréhender la rentrée. « Moi l’école ? Plus jamais ! » j’avais dit en quittant mon université à la fin de mon Master. Il faut croire que la vie avait d’autres plans pour moi.

Premier jour à la fac. Evidemment, je n’ai pas très bien dormi. Je n’ai plus l’habitude de devoir me lever pour me rendre quelque part. J’avais abandonné le réveil depuis quelques mois, laissant la lumière du jour et mon corps gérer mes débuts de journée. En réalité, j’ai perdu le rythme d’une vie d’obligations et de responsabilités. Deux années passées à écouter mes envies au jour le jour, à vivre d’insouciance, de liberté, de lâcher-prise sur les journées qui s’écoulent. Rien à « devoir » et à « prévoir ». Simplement moi.

C’est presque paniquant de réaliser que je vais abandonner ce style de vie. Entrer de nouveau dans le moule des gens qui se lèvent tôt, qui prennent les transports, pour étudier, travailler, écouter d’autres personnes, qui sont obligés. Terminé l’esprit libre. A partir de maintenant, ma thèse me suivra partout, telle l’ombre de moi-même. Assise à boire un verre, dansant sur la piste, parlant du quotidien, ma thèse en arrière-plan. Vous penserez que je me détends et une partie de mon cerveau sera encore en train d’assembler quelques idées. De nuit comme de jour. Sans répit. Les chercheurs, les professeurs, les doctorants, ils en parlent tous. Ça m’arrivait déjà parfois avec mon mémoire. J’ose à peine imaginer. Quatre à cinq ans de pur marathon. Comment ne pas être effrayée franchement ?

Je prends le bus, toute préparée comme mon premier jour d’école, j’ai mal au ventre et j’ai les mains moites. C’est débile. Au fond du bus, je vois ce mec mignon comme tout. La place à côté ou en face de lui ? En face. Pour mieux te voir mon enfant… Je le regarde du coin de l’œil. Cheveux et barbe blonds, les yeux bleus, les lèvres fines, les écouteurs dans les oreilles, le longboard entre les pieds. Vraiment mignon. Puis son regard se lève et rencontre le mien. Il me sourit les lèvres fermées. Mon corps tombe à la renverse, mon cœur bat dans chacun de mes membres, une boule de feu traverse ma poitrine. Un volcan. Je lui souris, mais avec ce séisme intérieur j’ai l’impression que je vais exploser de rire d’une minute à l’autre. Trop de joie. De plaisir. De désir. Trop de puissance. Bon sang, j’avais oublié. Ça fait des années que ça ne m’était pas arrivé comme cela. Vite, je prends en main mon téléphone et fait mine d’avoir reçu un sms très drôle. Je rigole en silence. Nous avons passé tout le trajet à nous éviter, nous chercher, nous regarder, nous sourire. Le plus bel homme que je n’ai jamais vu de ma vie qui me sourit là dans le bus le jour de ma rentrée. Je décide de prendre ça comme un signe. En descendant du bus, je lui lance un dernier regard, qu’il n’a pas manqué. Dommage pour moi ce n’est pas son arrêt, sinon j’aurais pu lui demander un renseignement « comme je suis nouvelle » ou je-ne-sais-quoi simplement pour aborder un sujet. Une fois dehors, je déborde de vie. De vie. J’avais oublié, l’amour ça te fait déborder de vie. Etre à deux c’est provoquer des tsunamis d’envies, des feux d’artifices de gaîté, des cascades de lumière. Quelle chance j’ai d’être ici, le soleil brille, les rires des étudiants qui célèbrent la rentrée, de l’autre côté de l’océan immergée dans une culture nouvelle, en mouvement perpétuel comme je le voulais. J’ai envie de danser, je souris à tous ceux que je croise, je sautille presque au cœur de cet énorme campus, une ville dans une ville, où les bâtiments de toutes les facultés se suivent, où les étudiants grouillent sur les avenues. On entend au loin les premières années se faire bizutées gentiment par les plus anciens.

Ma première réunion de doctorants me rappelle que je me lance dans des années difficiles, un challenge contre soi-même, un combat contre les autres scientifiques qui chercheront à me pousser ou à m’écraser. De la volonté, de la détermination, de la curiosité, de l’ambition, de la persévérance, un mental à toutes épreuves pour atteindre l’excellence. 116 dossiers d’étudiants déposés pour cette session, 15 ont été pris dont 5 en Management. « Si vous êtes ici, c’est que vous avez les critères requis et que l’on pense que vous pouvez y arriver ». On nous demande de nous préparer à des années difficiles socialement, financièrement, mentalement. Tout le monde en parle mais je ne crois pas que l’on réalise vraiment ce qui nous attend.

Tout a été si évident jusqu’ici, non pas facile dans les étapes mais dans le déroulement de mon cheminement. J’ai l’impression que ces deux dernières années de temps libre m’ont menée à ce point précis de ma vie. Tout le travail que j’ai fait sur moi, toutes ces remises en question, ce lapse de temps consacré à mon propre développement, les voyages, les rencontres, les apprentissages, les leçons de vie, les échecs, les difficultés, les doutes, les révélations, les évidences… On m’a proposé de faire un doctorat, alors que je n’avais rien demandé à personne, je n’y avais pas songé une seconde. J’ai refusé et voilà que ça me revient en pleine face un beau matin en Nouvelle-Calédonie alors que je réfléchis à mon retour en France. Puis, en quelques mois, l’affinité parfaite avec ma directrice de thèse québécoise établie dans une très bonne université. Aussi fluide que l’eau qui s’écoule du ruisseau. L’évidence parfaite. Pourquoi parfois les choses sont si faciles à venir à nous ? Alors qu’à d’autres moments tout s’oppose, bloque, résiste ? Accueillir ces instants d’harmonie où tout s’aligne sans tension.

Deux ans après mon mémoire je continue de m’informer sur l’humain et ses potentiels, sur la psychologie et le management, d’engranger des contacts et des connaissances, de vivre des expériences de coaching et d’accompagnement pour développer les capacités humaines – notamment en entreprises. Sans même travailler ou être à l’école, sans que personne ne m’y oblige, parce que ça fait partie de moi. Parce que je suis faite pour ça. Alors avec ou sans doctorat, c’est ce que je sais faire : continuer d’apprendre, d’être curieuse, intéressée, innovante, créer le monde de demain, avancer pour être présente dans la transition à venir, transition humaniste. Un doctorat n’a rien à voir avec des études telles que nous les connaissons. Un doctorat est fait de réflexions multidisciplinaires, d’assemblages de théories, de créations d’idées et de concepts, un remue-ménage de méninges, d’approfondissement perpétuel pour extraire l’essence, la substantifique moelle du sujet choisi. Ah le sujet… Tellement de choses m’intéressent… Le luxe terrible du « trop de choix ». Ce doctorat c’est une mission parmi d’autres exercée par moi-même pour les 4 années à venir. Il y a bien des ingénieurs qui sont missionnés sur plusieurs années pour élaborer des projets non ? Bon. C’est pareil. Je suis un peu comme en freelance, autonome, sauf que là, la majorité des paramètres c’est moi qui les impose.

Maintenant, faire ses preuves, redoubler d’efforts, en baver pour atteindre ses objectifs, être sur le chemin ne veut pas dire se laisser porter sans épreuves… Puis finalement, la vraie liberté… n’est-ce pas pouvoir choisir ce que l’on fait de sa vie ? Alors je n’ai jamais été aussi libre.

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