Canada, Voyage intérieur

9 mois… pour (re)naître

9 mois depuis mon retour en Novembre dernier. 9 mois depuis mon année de voyages sur les îles du bout du monde. 9 mois se sont écoulés depuis ma dernière escapade. Quasiment jour pour jour, à une journée près.

Si vous croyez au hasard, pour ma part, cela fait longtemps que je n’y crois plus. « En quoi tu crois ? » m’a-t-il demandé avec ses yeux noisette, intrigué. « Je crois au Destin », ai-je répondu avec un sourire qui en dit long.

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Pérouse – Italie. Cred. Megan Thudium

9 mois pour vivre des expériences inédites, inouïes, incroyables. 9 mois sans ajouter une ligne à mon CV, il est vrai. Rien a bougé sur le papier. Pas de tampons ajoutés en bas d’une feuille de formation ou d’un contrat. 9 mois à « rien faire » pourraient dire certains.

Et pourtant… 9 mois à courir les ateliers, les conférences, les stages, les rencontres, les aventures, les voyages, les rues d’ici et d’ailleurs, à écrire. 9 mois à confronter mon avis, ma vision, mes croyances, mes expériences, mes sensations aux autres. 9 mois pour laisser encore une fois la vie œuvrer et me surprendre. 9 mois à limer ma cervelle contre celles des autres. 9 mois à apposer mon corps contre celui d’autrui. 9 mois à apprendre bien plus qu’en une année de voyages.

Cette sensation bluffante d’avoir doublé la mise des gains rapportés du Pacifique. Sans même m’en rendre compte. Simplement en me laissant inspirer par cette multitude d’évènements et de rencontres. S’apercevoir que j’ai bel et bien ramé toute cette année à voyager et à essayer de me trouver seule. J’ai dû découvrir 30% de celle que j’étais vraiment. J’ai déblayé seulement. Préparé le terrain, bêché, retourné la terre, enlevé les mauvaises herbes et les cailloux, planté quelques jolies graines, arrosé un peu ici et là. Mais rien de bien flagrant par rapport aux plantes qui y ont poussé pendant ces 9 mois. Une forêt tropicale a pris place dans tout mon corps. Verdoyante, chatoyante, luxuriante, foisonnante. Les bulles d’oxygène flottent entre les feuillages, l’eau perle sur les troncs, les racines s’enfoncent dans la terre humide. C’est ma petite Amazonie.

Parce qu’en 9 mois, j’ai tout fait péter. J’ai posé des bombes à des endroits stratégiques. Des bombes d’amour et de lumière. J’ai fait sauter les cadenas. Parfois, j’ai explosé. Je me regardais alors droit dans les yeux. Pleurer. Craquer. Hurler. Il fallait arrêter cette mascarade. Ce mensonge perpétré rencontre après rencontre, jour après jour. Je m’enlisais. Même mon corps avait utilisé l’artillerie lourde pour se faire entendre. Ça sonnait faux et ça faisait mal. A moi d’abord.

9 mois pour faire éclore le « Moi ». 9 mois comme une nouvelle naissance. Naissance de cette femme que je ne connaissais pas, et qui pourtant était là prête à vivre. Elle attendait le temps propice. Ce moment où j’allais la délivrer, la nettoyer, la purifier de son passé d’enfant. 9 mois loin des hommes, du pouvoir qu’ils sont sur moi, du pouvoir que je leur donne et qu’il me fallait récupérer, rééquilibrer. Retrouver toute sa tête, tout son corps. Repérer, réparer, préparer. Sans eux. 9 mois jusqu’à la délivrance, un peu en avance, à la fin du 8 mois. Puis la vie. L’émerveillement. L’accomplissement. Vouloir tester ces nouvelles énergies, connaissances, capacités. Vouloir tout voir, tout goûter, tout réessayer comme si c’était la première fois, mais différemment. Avec plus séduction, de patience, de volupté, de tendresse, de maturité, de lucidité, d’assurance, de compassion, de confiance.

La vie ne finira jamais de me stupéfier. Elle m’envoie des signes, des sensations, des émotions sans cesse pour me guider. Comment ne pas les voir ? Comment ne pas les entendre ? Personne n’est venu me chercher en me montrant la Vérité. Personne ne m’a dicté l’indicible, l’invisible et l’inconnu. Je n’ai rencontré personne pour me dire de prendre la route que j’ai emprunté. Personne à suivre. Personne pour me révéler telle ou telle pratique. Personne pour me faire croire. Aucune force de persuasion menée par un individu sorti de nulle part. Ce que je crois, ce que je fais, ce que je sais est né de ce moment entre précision et intensité en Nouvelle-Zélande. Seule avec moi-même face à la Nature. Rien d’autre que le silence et la puissance de ce qui est et me traverse. L’extase pure, avec pour seules substances celles crées naturellement dans mon corps par la grâce de cet instant. J’ai senti et j’ai su. Point.

Depuis je ne suis aucune pratique plus qu’une autre, je ne crois en aucune croyance plus qu’une autre. Seule cette Vérité réside au fond de moi. Ma sensation. Ma Vérité. Seule arbitre des chemins de ma vie. Certitude de l’incertitude.

Cependant, chercher la justesse de son être est loin d’être un parcours bordé de quiétude. D’abord, elle ne peut jamais être considérée comme acquise ou terminée. C’est une exploration constante. Puis, il faut bien s’accrocher. Le pouvoir de la volonté pour seule arme. Le courage d’être lucide pour seule défense. Lorsque le train passe, que l’émotion monte, implose, rugit, nous traverse, il faut ouvrir les portes et les fenêtres, faire tomber les barrages, accueillir ce que l’on voit de nous, en nous. Le train passe, il faut le prendre. Peut-être ne repassera-t-il pas. Pas tout de suite. Est-ce que je vais avoir le courage d’exploser, d’observer cette part de moi que j’ai enterrée toutes ces années ? Est-ce que je vais avoir l’audace de laisser la vérité de mes blessures s’afficher au grand jour ? Est-ce que je vais être honnête et l’écouter, la voir ? Est-ce que je vais être capable de gérer l’ingérable, l’imprévu émotionnel, le lâcher-prise que cela demande ?

Car lorsqu’on commence à vouloir s’initier sur le chemin de la connaissance de soi, de sa vérité, de son développement personnel, il faut aller trifouiller les vestiges du passé, les parties sombres de l’histoire, de son histoire. Se mettre à poil pour aller remuer la gadoue. Au départ, c’est déplaisant, irritant, fatiguant, énervant, épuisant. On en prend plein la figure. Puis, jour après jour, les changements opèrent. La transformation débute et devient visible. En soi, la paix s’installe. Le lâcher-prise parvient à faire sa place dans une certaine philosophie de vie. L’énergie qui nous habite transmet d’autres messages au travers de nos mots, de nos regards, de nos attitudes, de ce que nous sommes fondamentalement. Les autres commencent à le remarquer, à l’évoquer, à te féliciter, à s’étonner. Des phrases encore jamais entendues parviennent à tes oreilles, légères, rafraîchissantes, bienfaisantes. Les récompenses sur le chemin s’accumulent, des plus simples bonheurs de la vie que nous sommes en capacité de voir et de recevoir, aux plus beaux cadeaux, inattendus et inespérés. Tout se fluidifie. La simplicité s’invite en douceur. Les rencontres se font exceptionnellement belles, le temps qui passe est une musique aux notes joviales, les blessures du passé – car elles ne disparaissent jamais totalement –  reviennent plus distinctes et moins douloureuses, avec une certaine distance. Les ressentis et les émotions sont plus intenses, accompagnés à présent par un accueil bienveillant et une analyse plus juste. Les joies et les peines vont et viennent. Recueillir l’éphémère.

Je regarde par le hublot de ma fenêtre, une musique me rappelant un stage initiatique dans les oreilles, l’envol est imminent. Canada. Je ferme les yeux, je me laisse guider par les sensations de l’avion qui avance sur la piste de décollage. Nous sommes les prochains. Je revois leurs visages un par un. Toutes ces rencontres qui m’ont accompagnées pendant ces 9 mois. Toutes ces nouvelles personnes avec qui j’ai tant partagé, qui m’ont tant appris et donné. S’ajoutent à elles, celles rencontrées lors de mon voyage. Puis, mes amis d’avant, que j’ai retrouvés ici. Enfin, ma famille. Qu’elles sont belles mes petites planètes. Leur sourire, leur regard, leur voix, leurs mots, leurs gestes, leurs expressions, leurs couleurs ; nos moments, nos rires, nos pleurs, nos joies, nos peurs, nos danses, nos chants, nos confidences, nos rêves, nos imperfections, nos silences. Nous ensemble. L’avion quitte le sol. Les larmes coulent de chaque côté de mes yeux et suivent la trajectoire ascendante de l’avion. Respire. Respire. Bonheur. Tristesse. Déchirement. Respire. Larmes salées. Sanglots contenus. Silencieux. Lèvres pincées. Respire.

J’ouvre les yeux, nous sommes passés au-dessus des nuages. Le soleil brille. Tout est blanc. Les ailes de l’avion et l’horizon. Un petit bout de Paradis.

Une page qui se tourne, encore. Pour ce départ, je pleure. Depuis deux jours, mon cœur se serre et ma voix se fait faible à chaque personne qui m’appelle. J’ai la certitude que le bonheur m’attend derrière cet océan, pourtant je ne cesse de pleurer. Je sens que plus rien ne sera comme avant. C’est la fin. La fin de mon enfance, mon adolescence, ma vie chez maman, comme une enfant. J’ai toujours su que je reviendrai après l’Australie, ce n’était qu’une parenthèse, un challenge. Aujourd’hui, c’est différent. Aujourd’hui, c’est mon premier vol. Aujourd’hui, je prends mon élan, ma force, mon courage, toute mon énergie, je lève mon pied pour avancer sur mon chemin d’adulte pour la première fois depuis toujours.

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Lucca – Italie. Cred. Megan Thudium
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1 thought on “9 mois… pour (re)naître”

  1. Un enfant est parti, une femme est à naître. C’est vrai que ce départ est plus triste que le précédent mais c’est dans l’ordre des choses. Vol léger mon ange et laisse toi porter par les courants chauds dés que cela est possible.

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