Etats-Unis

#USA, à la découverte de l’Ouest

Phoenix. Le soleil et la chaleur nous surprennent presque. Nous avons débarqué sur le sol américain après avoir franchi les très nombreux et pénibles contrôles de sécurité et d’identité. Deux semaines de road trip dans l’Ouest programmées par mes soins depuis le mois de Mars. Une partie de ma famille m’accompagne dans ce périple qui nous fait déjà rêver.

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Les USA n’ont jamais réellement été sur ma liste de voyages. J’étais souvent étonnée de voir les autres backpackers en parler avec les étoiles dans les yeux lors de mon année dans le Pacifique. J’avais cette image surfaite des Etats-Unis, prétentieuse et impersonnelle. Des villes trop hautes, trop grandes, surpeuplées, en béton froid, sur des avenues qui n’en finissent pas de s’étendre sous nos pieds. Pourtant, j’ai adoré visiter NYC il y a quelques années, et j’y retournerais avec plaisir. Peut-être que les USA ne m’attirent pas car ils ont envahi notre quotidien. Ils sont partout. Cela a peut-être fini par me fatiguer, me donner une image erronée, voire, cela a tué le mythe.

Je ne m’attendais pas à ça. Bien sûr, j’avais vu les photos en réservant les motels, en planifiant l’itinéraire, en me renseignant un minimum. Il n’y a pas de comparaison possible avec les autres destinations que j’ai pu visiter auparavant. Les paysages des Etats-Unis sont le reflet de l’image que j’ai du pays : imposants. Tout est démesuré. Les montagnes, les déserts, les forêts, les arbres, les distances, la chaleur, le froid, le vide. C’est indescriptible. Les mots et les images ne vous donneront qu’un pâle aperçu.

Ces paysages-là, il faut les vivre avec son corps. Tout entier. Comment vous décrire les sensations ? C’est simplement impossible. De la pure folie.

Etrangement, car c’est un phénomène assez rare, il semblerait que mon mental soit resté en France pendant ce voyage. Je n’ai pensé à rien ni personne. J’ai vécu simplement ce qui se présentait à moi, sans d’autres choix que de vivre le moment présent.

Pourtant, j’ai eu des tas de temps morts pour laisser vaguer mon esprit. Il y a eu ces milliers de kilomètres de route, plus de 4000, à scruter cet horizon d’un vide infini. Des déclinaisons de rouge sur les roches, les cailloux, les montagnes, le sol, des cactus informes, des herbes desséchées, des buissons qui traversent en roulant sur eux-mêmes, des naissances de tornades dans le sable. Le défilé aride d’un désert dénué de vie. Et cette énorme route qui serpente entre les formations rocheuses, entre cet étendu de rien, d’une ville à une autre, d’un état à un autre. Cette route qui tranche cette hostilité ambiante représente la seule vie apparente, le seul mouvement humain, la promesse d’un itinéraire qui nous mènera vers la civilisation.

Il y a eu, lors de notre première étape, cette rencontre avec le vertige de vivre. Je me presse, il sera bientôt trop tard pour apercevoir quoique ce soit. Le soleil est déjà passé derrière les montagnes. Je cours presque lorsque j’arrive à apercevoir, à travers les arbres, la roche qui s’accroche et se décroche de l’horizon. Elle a une couleur étrange d’ailleurs cette roche. Entre un rouge délavé et un vert qui a tourné. Je marche au bord du précipice. Derrière moi le site touristique avec ses touristes et ses parkings, derrière moi un endroit rassurant et connu. Devant moi, le Grand Canyon qui tombe à pic, comme si mon regard plongeait dedans. Comme s’il suffisait d’un pas, d’un mouvement pour basculer et disparaitre complètement. Se fondre dans cette toile tendue au fond de l’univers. Je suis prise de vertige alors que je ne me suis pas encore approchée totalement du bord. Je ne m’attendais à tout sauf à voir ça. L’infini en contre-bas. Tout s’affole en moi. Tourne et tremble. Exalte et prend peur. Il n’y a pas de mots distincts. Je suis comme anesthésiée de tout, et pourtant en état d’alerte. Je continue de marcher car si je m’arrête je vais craquer. Parce que dans mon corps il se passe quelque chose que je n’explique pas et qui m’est inconnu. Je cherche un endroit calme, tout en ne lâchant pas des yeux cette vue. Je m’assieds sur la roche. Je contemple. Ce n’est pas réel. C’est tellement insensé. La première phrase claire dans mon esprit fût « tu n’es rien ». Tellement petite. Tu pourrais te perdre si facilement dans ce truc incroyable que tu regardes. Personne ne te verrait. Toute petite chose insignifiante face à ça. Je ne me rappelle plus exactement à quel moment j’ai eu envie de pleurer, mais les larmes sont restées dans mes yeux.

D’ailleurs, je tiens à le notifier dès à présent, je n’ai pas pleuré une seule fois lors de ce voyage. J’ai été surprise, estomaquée, stupéfaite, sur le cul, émerveillée de nombreuses fois lors de ce road trip ; mais pas touchée au point de verser tant d’émotions. Le Grand Canyon fût mon plus gros bouleversement, et il annonçait bel et bien la couleur pour la suite du voyage. Tout était comme une claque dans la figure. Cependant, une claque qui manquait d’harmonie. Ce qui est impressionnant n’est pas forcément émouvant.
Je crois que ce qui m’a le plus émue fût de me rendre compte à plusieurs reprises de la chance que j’ai. Pour cela, j’ai eu envie de pleurer, vraiment. De prendre conscience de cette vie que je mène. J’ai eu beaucoup de reconnaissance envers ma mère, que j’aurais remerciée tous les jours si je n’avais pas été si pudique.

Après avoir passé une journée à sillonner les environs de Grand Canyon, j’ai fini par m’habituer à cette sensation d’infini et de vide. Puis, nous avons traversé en voiture le désert rouge où s’élèvent des monuments de roche aux formes improbables. Entre Grand Canyon et Monument Valley nous avons croisé des habitations et des commerces amérindiens. Ils se sont installés concrètement dans le sable, au milieu de rien, dans des logements sommaires, une maison en taule et un pick-up. On s’imagine mal comment une telle vie peut être possible. Des épisodes d’une série télévisée que je regardais dans mon enfance me reviennent. Cette série retraçait la conquête de l’Ouest au travers d’histoires de vie quotidienne entre les habitants d’un petit village perdu dans le Colorado et les indiens. Epoque douloureuse pour ce peuple chassé de ses terres, dont les répercussions résonnent encore aujourd’hui.

Antelope Canyon fût la seule démonstration de douceur et de volupté dans ce désert. Formation étonnante dans laquelle il nous faut descendre afin de l’observer d’en bas, serrés entre deux parois lisses comme des vagues qui nous bercent.

Puis, Horseshoe Bend nous a fouetté de ses grains de sable portés par un vent puissant. Nous tentons, pas si rassurés, de nous allonger sur la roche en millefeuilles afin d’avoir une vue plongeante sur ce fer à cheval formé par l’eau qui contourne l’édifice. Nous sommes affolés par l’inconscience des gens qui s’approchent toujours plus du bord, parfois même avec des bébés. Ce jour-là des rafales de vent nous poussaient presque dans le précipice, or, personne ne semblait en avoir conscience. Contrairement à ce que j’ai pu voir en Australie, les sites touristiques aux USA sont beaucoup moins sécurisés. Très peu de barrières protègent les visiteurs – toujours plus intrépides – du danger pourtant bien réel.

Ceci n’est point du tout une peur irraisonnée de ma part. Certes, je ne suis pas réputée pour être la plus casse-cou du groupe, en général, mais ce danger nous l’avons vécu en direct au Grand Canyon. Une mère qui prenait sa fille en photo sur un rocher est tombée dans le précipice en reculant d’un pas de trop. Pendant une seconde, elle était là sur ce rocher à prendre sa fille, puis la seconde d’après, elle faisait des galipettes sur la roche abrupte du Grand Canyon. Disparue. Sous nos yeux ébahis. Pour une photo. La nature ne rigole pas. La nature demande du respect, de la précaution, du bon sens pour profiter de tous ses plaisirs et bien faits. La nature s’en fiche bien de nos selfies, nos photos, toujours plus spectaculaires, toujours plus originales, toujours plus au bord, toujours plus haut, toujours plus fort ! Est-ce qu’une photo vaut le coup de mourir ? Vraiment ? Une expérience, sauter en parachute, gravir des sommets, devenir champion ou pionnier, sauver des vies, je veux bien le comprendre. Des personnes risquent leur vie tous les jours pour les autres ou pour eux-mêmes, pour une passion qui rythme et définit leur vie entière. C’est un concept d’existence, pas un selfie, pas une photo pour faire joli sur Facebook et se pavaner devant ses amis. De la stupidité simplement et purement.

Ce jour-là, il y a eu des cris d’effroi. Comme vous n’avez peut-être jamais entendu de votre vie. Les cris de la mort. Il y a eu des pleurs. La jeune américaine qui l’a vu tomber, disparaitre dans le néant, était au bord de l’évanouissement. Elle devait avoir 14 ans. J’ai senti mon sang se geler, regardant la scène de loin, du coin de l’œil alors que je reprenais mon souffle après une montée. Les secours ont été appelés. Les Rangers sont arrivés en courant, un, deux, trois, quatre, …, sept Rangers mobilisés pour une photo inconsciente. Le chemin de la randonnée a été bloqué. Et après des heures d’intervention, d’effort sous un soleil de plomb, et d’urgence, les Rangers ont remonté cette femme qui a été arrêtée dans sa chute pour des ronces et des racines. Elle est vivante. Les Rangers ont exprimé leur colère et leur incompréhension face à de tels comportements. Des photos tueuses.

Nous reprenons la route vers Bryce et Zion. D’immenses parcs nationaux où nous retrouvons un peu de verdure entre les roches et le sable. Bryce est définitivement extraordinaire… au point de se poser des questions sur l’authenticité de ces formations rocheuses hors du commun. D’ailleurs, mon beau-père s’est fréquemment posé la question à voix haute « Mais c’est impossible ce petit bout de rocher tout en haut qui tient en équilibre, il y a forcément quelqu’un qui l’a posé là ! », phrase à laquelle nous répondions à chaque fois « Oui, Erick, les extra-terrestres on te dit ! ». On a beaucoup ri. Il est vrai qu’il est difficile d’imaginer que l’érosion et d’autres phénomènes naturels ont pu créer tout ceci.

Ensuite, nous nous accordons une pause bien méritée à Las Vegas ! La ville au milieu du désert. Les néons naissant du néant. Une oasis de vie (sociale). Nous traversons d’abord les rues périphériques du centre-ville qui nous montrent une toute autre réalité que celle mise en avant dans le monde entier : la pauvreté des habitants et sans abris, parfois alcoolisés, drogués, dévêtus, errants, titubant, criant dans les rues. Choc. Les chapelles qui promettent des mariages faciles et originaux se succèdent jusque dans le centre. Puis, nous arrivons dans l’avenue la plus connue de l’Ouest, le Strip qui nous éblouie. Défilé de lumières, de palaces, de fontaines musicales, d’attractions et de décorations, de voitures de luxe et de beaux vêtements. Je n’attendais rien de Vegas à part quelques folies dépensières. Je fus la première surprise de finalement l’apprécier pour ce qu’elle était. Parce que ce, au-delà de ce qu’on s’imagine de Vegas, on peut y faire autre chose que de laisser parler nos pires vices. Elle propose également les plus beaux spectacles du monde, des galeries d’art, des casinos et des palaces étonnants, une succession stupéfiante de centres commerciaux. De trouver de quoi attirer notre attention pour quelques jours. Notamment, grâce aux incroyables spectacles du Cirque du Soleil qui m’ont laissé bouche-bée du début à la fin. Entre performance physique, grâce, beauté, art, émotion, risque, danger, humour, originalité, perfection. Je n’ai rien vu de tel… De la musique aux costumes, des éclairages aux mises en scène, de la démonstration d’années de travail à la passion artistique que nous dévoilent les performeurs, c’est simplement et purement magique. Le monde s’arrête pendant un temps.

Evidemment, nous avons joué, gagné, puis perdus. Nous avons bu des cocktails dans des jars aux formes improbables, visité quasiment tous les palaces qui bordent chaque côté de l’avenue, marché 24km en une journée. Nous avons fait l’expérience de Vegas, cette ville sans horaire, où les journées pourraient se suivre sans pouvoir distinguer le jour de la nuit, jusqu’à en perdre la notion du temps. Même à l’intérieur, dans les centres commerciaux, ils ont reproduit quasiment à la perfection un ciel nuageux, qui m’a fait douter de l’heure qu’il était vraiment. Nous avons également vu les rues de Vegas vides à partir de 2h du matin (un lundi), finalement la vie s’arrête ici aussi… Sauf dans les casinos ! Les buildings de NYC se dressent dans le ciel et la statue de la liberté brandit fièrement son flambeau, la tour Eiffel est encastrée dans un immeuble haussmannien, les canaux de Venise laissent flotter ses péniches alourdies par des touristes en manque d’authenticité. Nous sommes partout et nulle part. Nous ne sommes ni ici, ni ailleurs. Ici-bas, le temps et la géographie reprennent leur place toute relative.

Puis, nous repartons vers nos grandes étendues, nos kilomètres de routes, notre nature indomptable. Death Valley, la vallée de la mort, où des villes du temps des mines d’or et de minerais ont été délaissées depuis longtemps et sont devenues fantômes. Un lac salé, des roches grises et ocres, des dunes de sable, un coyote loin d’être apeuré par la présence humaine, enfin, une oasis inattendue, inespérée, au milieu de toute cette hostilité. Puis rien. Rien de rien. D’habitude, c’est un four. La température la plus haute de tous les Etats-Unis. Mais un orage gronde au loin, les nuages nous épargnent cette chaleur à mourir. D’habitude, c’est l’un des ciels étoilés les plus sombres de la Planète, mais les nuages nous privent de cette expérience. Nous grimpons jusqu’au point de vue, j’ai l’impression de crapahuter sur les chemins du Mordor. La roche, les plaines, les couleurs, l’orage qui tonne au loin et se déverse sur l’autre montagne. C’est quasiment l’équivalent des paysages de la Nouvelle-Zélande en plus arides, en plus durs, en plus hostiles. C’est magnifique.

A la sortie de cette terre stérile, une route seulement nous sépare du parc national rassemblant les plus beaux et hauts sequoias du monde. Une route divise cette terre de rien aux parcs les plus verts et luxuriants de la région. Une route et un flanc de montagne immense qu’il nous faut contourner pour accéder à cette forêt gigantesque. Puis, après Sequoia National Park et King’s Canyon, nous arrivons dans le parc de Yosemite. En compagnie de tous ces arbres, des cascades dont l’eau jaillit hors des rochers, des animaux sauvages qui nous surprennent, je me sens revivre. Un nouveau souffle. Je pourrais rester des heures à respirer l’odeur qui flotte dans l’air, à photographier la lumière se reflétant sur la mousse qui pousse sur les troncs, à m’attendrir devant les marmottes, les ours, et les biches. L’eau et le vert annoncent toujours la vie. Règne ici une atmosphère prospère, accueillante, pétillante.

Le soir, j’avais réservé des dortoirs en auberge de jeunesse, puisque tous les autres logements étaient complets ou hors budget. Je me marrais d’avance d’imaginer nos parents dans une auberge, loin du confort, de l’intimité, dans le partage de chaque instant avec des inconnus. On devrait tous faire vivre à nos parents cette expérience, s’ils ne l’ont pas déjà expérimenté par le passé. Pour qu’ils vivent de l’intérieur ce que c’est d’attendre que les filles de ton dortoir aient fini de se préparer et arrêtent enfin leurs passionnantes discussions pour dormir. Passer outre les ronflements, les réveils qui sonnent avant le tien, la fille qui bouge sans cesse dans son lit qui grince. Patienter pour que les douches ou les toilettes se libèrent, ranger et déranger ses affaires inlassablement soir et matin, verrouiller sa nourriture dans un casier. Concilier entre celles qui veulent le chauffage et celles qui veulent ouvrir la fenêtre, celles qui claquent la porte, et j’en passe ! Oui, voyager pendant une année en passant par les auberges de jeunesse, c’est supporter tout ça. C’est apprendre à être plus tolérant, à laisser glisser certaines choses finalement pas très importantes, à dialoguer, à se taire, à se faire discret, à dire « oui » quand on voudrait dire « non », à prendre son mal en patience. Se réveiller au milieu de la forêt, déjeuner avec le chant des oiseaux, écouter le calme.

Du Nord au Sud de ce parc, les températures et les paysages changent totalement. Alors qu’au cœur de la vallée il faisait une vingtaine de degrés, au Nord une pluie de grêle nous a surpris et nous a forcé à rebrousser chemin. Quelques jours auparavant, au Nord du parc, la neige bloquait encore les routes.

Puis, un peu par hasard, nous avons vu une chose inimaginable. Sur la roche lisse qui s’élève à plusieurs centaines de mètres dans le ciel, des petits points noirs à peine visible à l’œil nu. Dans la longue-vue, nous pouvons les voir plus nettement. Des duos de grimpeurs fous perdus à mi-chemin, escaladant depuis 4 jours déjà. 8 jours d’escalade au total, à dormir, manger, vivre sur cette paroi où le reste du monde n’est plus. Je n’en croyais pas mes yeux. J’en avais des frissons. J’avais sous mes yeux la démonstration vivante que rien est impossible. Que tout existe, même ce que je n’imagine pas dans mes rêves les plus fous. De la folie. Vivre sur une paroi pendant une semaine. N’avoir pour objectif que de monter, centimètre par centimètre, suspendus à un fil, au-dessus du vide, avec cette roche froide et imperturbable sous les mains. Le reste est néant. Tout est dans la tête. Là, j’ai eu envie de pleurer aussi.

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Les kilomètres de routes sinueuses finiront par avoir raison de nous. Nous nous endormons les uns après les autres, bercés par les virages. Nous sommes heureux d’arriver à San Francisco pour rendre la voiture et continuer à pieds. Finalement, il ne fait pas si chaud sur la côte Est, un pantalon et un pull ne sont pas de trop. Le célèbre pont rouge est, comme souvent, suspendu derrière d’épais nuages. San Francisco doit très certainement être une ville très agréable à vivre au quotidien, mais honnêtement en tant que touriste pour quelques jours seulement, il y a peu de choses à faire. Définitivement, je préfère voyager pour contempler la nature. Parcourir le monde à la découverte de paysages incroyables à me faire tourner la tête, à me donner le tournis, à me faire pleurer. La Nature, la Grande, la Belle, la Puissante, pour me donner une autre échelle de mon existence, de notre existence, me faire sentir minuscule. Une parmi tant d’autres éléments. Une qui a toute sa place, comme tous les autres.

Puis, le retour à Paris. Difficile. Partir d’une destination, c’est arracher un bout de soi pour le laisser derrière. Plus je voyage, et plus j’ai l’impression de m’éparpiller. Je ne suis ni d’ici, ni d’ailleurs. Plus je voyage, plus je découvre de nouvelles pièces à mon puzzle. Je ne suis ni moi, ni une autre.  Se sentir déchirée, mais vivante.

Retour en décalage. Déphasée. Je ne suis plus où j’habite. A quel pays j’appartiens ? Où je vis ? Puisque toutes ces destinations m’enchantent, me bousculent, me touchent. Je suis perdue. Pourquoi appartenir à un pays en particulier ? Lorsque je voyage, je n’ai pas l’impression de porter les couleurs de mon pays à chaque instant, comme si celui-ci définissait mon entière identité. Comme si en disant « Je suis Française », cela me représentait complètement et pleinement. Je ressens dans mon corps que je pourrais tout aussi bien vivre ici et là, apprendre, découvrir, comprendre, me fondre dans la masse et le paysage, ici aussi bien qu’ailleurs dans le monde. J’ai le sentiment de porter chaque morceau de chaque destination qui est entrée en vibration, en collision, avec moi. Je suis un peu de vous, personnes que j’ai rencontrées et dont j’ai tant appris. Je suis un peu de l’océan Pacifique, du vent de Bretagne, de l’écorce des forêts tropicales, du chic parisien, du lâcher-prise de Byron Bay, du caractère Corse, du vert des rizières de Bali au rouge du désert australien, des peintures aborigènes, des plumes indiennes, un peu du faucon de l’ouest américain, des maisons bleues et blanches de Grèce, des volcans de Nouvelle-Zélande, des lumières aveuglantes de Time Square à NYC, du jambon et de la sangria d’Espagne, des rues pavées de Lyon et de Lausanne…  En transition entre deux états, entre deux pays, deux villes, deux rythmes, deux vies. En transition, donc ni ici, ni là-bas. Et pourtant, bien ici, planifiant là-bas.

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