Voyage intérieur

Ecrire, comme on parle et on crie

Sa voix. Bon sang, cette voix. Dès les premières vibrations, belles et abîmées, mon corps se soulève. Une vague d’émotion où, dans un même mouvement, se mêlent larmes et rires. Chaque mot me transperce, me déchire, me tue. Chaque mot résonne, tourbillonne, renaît en moi.

Cette histoire, tel un rêve qu’il nous susurre. Rêve qui me transcende. Rêve qui est mien. Rêve, ma réalité.

Cette chanson, c’est… se retrouver au bord du Grand Canyon pour la première fois. Etre happée par le vide immense qui s’étend à perte de vue. Profondeur et infini. Avoir les jambes coupées. Trembler de tous ses membres. Avoir envie de pleurer tout ce que j’ai en moi. Continuer à marcher. Pourtant, vouloir s’arrêter. Mais si je m’arrête, ça sera trop. Trop à supporter. Je vais exploser. Imploser. Attraction et répulsion. Avoir envie de hurler la beauté. Faire honneur à la vie. Mon cœur qui bat à tout rompre. Mon corps qui transpire. Ma face qui se déforme sous la force de l’émotion.

Cette chanson, c’est ma vie. Je ne pourrais garder qu’elle pour seule mélodie, seule force, seule émotion. Ces paroles, c’est un saut en parachute, c’est tomber amoureuse, c’est crever de peine. C’est mourir. Mourir et vivre.

Rêver, chercher, apprendre
N’avoir que l’écriture et pour Maitre et pour Dieu
Tendre à la perfection à s’en crever les yeux
Choquer l’ordre établi pour imposer ses vues
Pourfendre

Choisir, saisir, comprendre
Remettre son travail cent fois sur le métier
Salir la toile vierge et pour mieux la souiller
Faire hurler, sans pudeur, tous ces espaces nus
Surprendre

Traverser les brouillards de l’imagination
Déguiser le réel de lambeaux d’abstraction
Désenchainer le trait par mille variations
Tuons les habitudes
Changer, créer, détruire

Pour briser les structures à jamais révolues
Prendre les contrepieds de tout ce qu’on a lu
S’investir dans son oeuvre à coeur et corps vaincus

Écrire ta peur de sueur, d’angoisse
Souffrant d’une étrange langueur
Qui s’estompe parfois mais qui refait bientôt surface
Usé de sa morale en jouant sur les moeurs
Et les idées du temps

Imposer sa vision des choses et des gens
Quitte à être pourtant maudit
Aller jusqu’au scandale
Capter de son sujet la moindre variation

Explorer sans relâche et la forme et le fond
Et puis l’oeuvre achevée, tout remettre en question
Déchiré d’inquiétude

Souffrir, maudire
Réduire l’art à sa volonté brulante d’énergie
Donner aux sujets morts comme un semblant de vie
Et lâchant ses démons sur la page engourdie
Écrire, Écrire
Écrire comme on parle et on crie
Il nous restera ça
Il nous restera ça

Ecrire – Charles Aznavour

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