Retour en France

Et si la magie prenait vie dans nos coeurs?

J’ai rendez-vous à mon ancien lycée pour les portes ouvertes. J’ai passé cinq ans dans cet établissement, du lycée au BTS, qui avec le recul me semblent être les meilleures années de ma vie. J’ai repris le chemin de l’école après quatre années sans y avoir mis les pieds, je me suis un peu perdue en route, j’ai pris le temps d’observer ce qui avait changé dans les rues. Puis, de me souvenir de l’adolescente que j’étais lorsque chaque matin et chaque soir j’empruntais le même parcours depuis ou jusqu’au métro. Parfois, mon cœur volait et mes pieds rebondissaient sur l’asphalte. D’autre fois, je me rappelle que j’avançais un peu la mort dans l’âme, souhaitant être partout sauf ici. J’ai l’impression que ça fait une éternité, pourtant quatre ans ça ne représente pas grand-chose à l’échelle d’une vie.

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J’arrive par la rue qui donne sur la cours de récréation, je me revois assise sur les bancs face au soleil avec Charlène à mes côtés. Ici et là se dessinent les souvenirs d’un passé édulcoré. Par ici, je me souviens de trois adolescents s’essayant à leurs premières discussions teintées de psychologie et de philosophie en battant le sol du terrain de foot de leurs semelles, « on parlait de la vie ». Par là, j’échangeais mes premiers baisers d’amoureuse des papillons dans le ventre. Je tourne au coin de cette rue et m’engage dans la descente qui mène jusqu’à l’entrée. Surgissent du fond de mes pensées, les éclats de rires de ma petite bande d’amis qui font les idiots dans la rue.

Je monte les marches, et me revoilà plongée dans la cohue du lycée. Des étudiants partout qui discutent, rient, parcourent les couloirs. Je file vers l’ascenseur pour monter au onzième étage où je suis attendue par mon ancienne professeure de biochimie avec qui j’ai gardé contact tout ce temps. Nos échanges réguliers par e-mail tout au long de mon voyage ont été très intenses et émouvants, j’ai hâte de la revoir en personne. Sur le banc du hall d’entrée, je me revois le cœur battant me noyant dans les paroles et dans les yeux de mon amoureux de l’époque. L’amour de mon adolescence. Ce souvenir est entrecoupé de disputes à répétition avec ce dernier, là son écharpe étendue sur le carrelage, mon regard froid, le sien blessé…  Je souris, pourtant mon cœur se pince, j’étais si impulsive, exigeante, colérique à cette époque. J’avais tant d’énergie et de colère en moi que je n’arrivais pas à contrôler.

Après quelques instants d’attente et de recherche dans les couloirs, je rencontre enfin ma professeure. Nos regards et nos sourires en disent long sur nos sentiments. Je suis fière de raconter mon parcours et mon envie de me lancer dans un doctorat. Pourtant, croyez-moi, lorsque je suis seule à la maison, le nez rivé sur mon écran à essayer désespérément de trouver une université au Québec, des renseignements, des bourses, je fais moins la maligne… ! Heureusement que le sujet me passionne, que chaque partie de moi s’anime lorsque j’en parle, sinon je n’aurais jamais eu la force de me lancer dans ce marathon.

J’ai passé la semaine entière les doigts collés sur mon téléphone à actualiser ma boite mail, à attendre des réponses des professeurs que j’ai sollicités au Québec. J’ai passé la semaine à espérer recevoir jour et nuit des messages du bout du monde. C’est une bonne leçon de patience et de lâcher-prise, accepter que tout ne se passe pas au rythme voulu et comme je le souhaite. Je ne suis pas maître de toutes les décisions. Je crois que c’est une des choses les plus difficiles à admettre pour moi. Mais la vie ne nous laisse pas complètement dans le désespoir et nous envoie l’énergie nécessaire pour repartir du bon pied ! Ainsi, vendredi soir, alors que je n’attendais plus, deux mails plutôt positifs m’attendent dans ma boite de réception. Hallelujah !

Le même jour, je suis allée chercher mon amie Amélie à l’aéroport. Elle rentre d’Australie et j’appréhende un peu sa réaction. Elle a trouvé son équilibre et son harmonie au sein de la communauté australienne de Byron Bay et des aborigènes, le retour à la vie française lui conviendra difficilement. Chose qui se confirmera lors de nos sorties parisiennes lorsque nous visiterons la capitale, elle apparait comme un ovni dans la foule. Les gens la regardent, sans malveillance, mais simplement interpelés, amusés, parfois envieux. Elle attire toujours autant l’attention, les gens viennent à elle naturellement ici ou ailleurs. Ce qu’elle porte en elle franchie les frontières et s’enrichie au fil des kilomètres, car elle respire le bonheur et le partage. La bienveillance attire la bienveillance.

C’est donc comme cela que nous nous retrouvons au pied du Musée du Louvre à jouer des maracas, de la flute, du banjo et du tambour avec deux hispaniques, un photographe turque et un ami toulousain. L’un d’entre eux porte la cause des peuples autochtones d’Amérique latine, voyage régulièrement en Amazonie et respecte les traditions des amérindiens. Nous chantons, dansons, rions, jouons au milieu des plus belles architectures françaises. Je réalise que la magie est partout où nous l’apportons. La magie est dans nos cœurs et rayonne sur chacun d’entre nous lorsque nous la partageons dans l’unité et la sincérité. Je ne peux plus douter à présent de la force que je porte en moi, peu importe l’endroit où je vis. Je le ressens encore d’une manière si puissante en moi que j’en pleure lorsque je parle à cœur ouvert de ce que j’ai vécu en Nouvelle-Zélande.

J’ai rencontré ces jeunes qui portent comme moi cette détermination et cette envie d’un monde meilleur. Ils se renseignent, s’instruisent, se documentent, se forment à des techniques de vie alternatives : vivre ensemble, mieux vivre autrement. C’est fou l’énergie que je puise de nos entrevues. Ca m’émeut à chaque fois lorsque j’entends et j’observe ces personnes qui n’ont pas nécessairement voyagé, mais qui sont convaincues jusque dans leur chair qu’une autre voie nous tend les bras et qu’il faut porter et incarner ce changement que nous souhaitons voir apparaitre dans ce monde.

Alors, oui, nous sommes partout. Nous autres connectés à d’autres modes de pensées. A l’autre bout du monde, on m’avait dit que les prochaines années allaient être celles de la Transition. Transition énergétique, politique, sociale, technologique, intellectuelle, sensorielle, humaniste. Nous ferons partis du mouvement et nous le pousserons, d’autres commencent à s’ouvrir, à s’interroger tout autour de moi, de nous. Nous plantons les petites graines de vie, car nous rayonnons de cette magie. Ceux de l’ancienne génération qui étaient précurseurs, un poil avangardistes, nous nourrissent de leur savoir et nous aident à mettre à profit toute cette énergie propre à la jeunesse.

Puis, la vie rassemble ceux qui sont faits pour se comprendre à un moment précis de leur vie. J’ai fixé du regard un ami très cher, que j’avais perdu de vue pendant quelques temps, qui a soudain compris où se trouvait son chemin. Je le regarde me raconter comment il s’est rendu compte que tout ce temps il était certain que son métier prendrait ses racines dans la nourriture, dans l’agroalimentaire, avant de s’apercevoir un jour qu’il lui fallait revenir à l’origine de ces mets : revenir à la terre. Il part en Nouvelle-Zélande dans quelques jours, et j’ai vu dans ses yeux l’Etincelle, comme jamais auparavant. Je n’ai aucune crainte, il a trouvé. Il sera entre de bonnes mains. Je te le confie Gaïa, entre tes volcans et tes océans, à cet endroit précis où tout a commencé, où tout est resté pur, montre-lui comme tu es belle et puissante, accompagne-le sur le chemin de sa Maison intérieure.

Dimanche dernier, sur l’autoroute qui me ramenait vers Paris, je surplombais Paris que je voyais au loin baignée dans des averses de lumière. Je distinguais les longues tours qui s’étendent vers le ciel se faire frapper par ces rayons lumineux. Le Soleil commençait sa course contre la Lune. Le Ciel brandissait ses couleurs pastel. Le Sacré-Cœur coiffé de son heaume imposait sa grâce au centre de ce spectacle incroyable que j’aurais aimé admirer plus longtemps. Si un jour je ne sais plus qui je suis, si un jour je ne sais plus vers où aller, il faut que je me rappelle que le Soleil m’envoie deux fois par jour un message si fort qu’il me suffit d’observer : la vie est sans fin.

J’avais besoin de partager ceci avec ceux qui me suivent de plus ou moins loin, avec ceux qui m’ont découverte et qui m’ont vue changer de l’autre côté de la planète. Avec ceux qui s’inquiètent de me savoir heureuse et sur le bon chemin, car ces personnes savent à quel point aucune vie ne peut se bâtir sans être en accord avec ce que nous sommes au plus profond de nous. Partager ceci avec ceux qui ont compris que vivre c’est être exactement à la juste place, même s’il faut se battre pour y arriver. Même s’il faut se battre parfois contre soi-même ou contre sa propre famille. Je continue d’écouter mon intuition, elle ne m’a jamais trahie. Je vais bien et je continue d’avancer, puisque j’y crois, aujourd’hui plus que jamais. Le reste viendra avec le temps, tout finira par s’aligner. La vie affectionne tout particulièrement l’ordre et le chaos.

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3 thoughts on “Et si la magie prenait vie dans nos coeurs?”

  1. Que d’émotions tu me fais ressentir, depuis 1 an maintenant je régalé mon âme de tes ecrits, de tes pensees, j’aime tant le regard que tu poses sur la vie à ton âge , je t’envie d’avoir compris si tôt alors que moi il m’à fallu 47 ans!!! Je te suis , je reste connectée à ton évolution. …. petite chrysalide

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  2. Marion, c’est toujours aussi émouvant de te lire. Quelle joie de t’avoir revue samedi dernier. Quelle frustration aussi car c’était au milieu de l’agitation de cette journée portes ouvertes. J’aurais aimé pouvoir prendre du temps pour discuter vraiment mais il y avait tant de sollicitations.
    C’est un bonheur pour un prof de voir que ses « enfants » d’un moment ont suivi des chemins si différents et s’y épanouissent et s’y révèlent.
    En tout cas ton chemin est beau et riche. Continue d’y croire et d’avancer, la vie n’est pas un long fleuve tranquille et c’est tant mieux :-).
    Merci 1000 fois Marion.
    Chris

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  3. L’ENCPB ne nous quitte jamais complètement et on ne l’oublie pas non plus…..
    Petite Marion a bien grandi depuis cette journée porte ouverte de 2006…. la belle plante continue de grandir et de s’épanouir……
    En attendant, vas y Marion, kiffe la vie ! l’oiseau migrateur finira bien par faire son nid….
    big bises
    Eric

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