Voyage dans le temps

Une main baladeuse

Ma main dans la sienne, alors que nos doigts s’entremêlent et que nos bras se balancent en suivant le rythme de nos pas, je ne trouve pas les mots. Mon pouce caresse l’intérieur de sa paume, avec lenteur et intention, le contact de sa peau me rassure. Il me transmet sa chaleur, son calme, son assurance. Nous croisons un certain nombre de personnes dans les rues parisiennes, nous marchons lentement, rien ne presse. Nous profitons des derniers rayons de lumière, le soleil redescend déjà vers l’horizon et le froid commence à naitre.

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Sur les trottoirs de Paris, les balades paisibles sont toujours entrecoupées d’évitements. A l’approche du parc,  la foule devient plus dense et se colore de langages différents. La grande Dame de fer surplombe le parc vers lequel nous nous dirigeons, observée, enviée, honorée de ces regards étrangers. Les parisiens, toujours un peu blasés de la beauté qui s’étend devant leurs yeux, ont pris cette habitude quasi instinctive de slalomer entre les gens et les obstacles. Procédé méthodique qui demande de l’anticipation, de la réactivité, une attention à toute épreuve. Etre à l’affût. Nos mains se séparent à plusieurs reprises et se retrouvent de manière systématique. Nos doigts se croisent et s’attachent de nouveau, le contact retrouvé la marche peut continuer. On parle peu, juste quelques mots lancés par-dessus nos épaules. La vie de cette ville est bruyante et apporte cette résonance abrutissante qui demeure en fond sonore. Notes agressives et épuisantes. On essaie de faire le vide et de se détendre, exercice intérieur où les phrases n’ont pas leur place. Les mots sont trop lourds à porter.

Je l’observe de profil, son front, son nez, sa bouche, son menton, sa barbe naissante, sa peau et ses cheveux clairs. Une certaine harmonie règne sur son visage. La chaleur de sa main a disparu, séparé par deux adolescents pris dans une conversation aux tonalités passionnées. Il faut s’arrêter, c’est aux voitures de passer. On reste planté à l’extrémité d’un passage piéton, alternance de notes noires et blanches qui attendent patiemment d’être frappées. Le bout de ses doigts frôle ma main, cherche une prise adaptée, la trouve et me serre. Est-ce que ces moments de chaleur et de tranquillité devraient être suffisants ? De toute évidence, la réponse doit être positive. Alors d’où vient ce battement à contre sens dans ma poitrine ? Comment s’est retrouvée là cette minuscule fissure qui de nouveau me chagrine ? Pourquoi demander davantage, nous partageons déjà tellement. Pourquoi vouloir prendre en compte ces infimes terreurs, petits démons que l’on voudrait faire taire ?

Une petit fille fonce sur un vélo à quatre roues, elle avance rapidement vers nous en laissant éclater sa joie. D’un éclat de rire elle nous sépare et passe entre nos deux corps amusés. Je croise son regard réjouis, il me tend un sourire enfantin et sincère. Je lui souris à mon tour, nos yeux brillent à l’unisson devant tant d’innocence. Sa main reprend la mienne. Calme et douceur. Nous voilà lancés dans une discussion aux teintes nostalgiques, histoires d’un souvenir d’enfance, de vacances, de soleil, de piscine et de jeux. Devant nous se forme une foule de touristes ébahis par les monuments majestueux, désordre et agitation. Le contact est encore une fois rompu, chacun essaie de frayer un chemin à travers la cohue, nos regards sont concentrés sur ces étrangers afin de sortir au plus vite de cette masse chaotique.

Séparée par la foule et de nouveau seule, sa main recherche mon contact derrière lui. Elle tâtonne furtivement sans y parvenir. Le mouvement se fait plus sûr et laisse paraitre une panique naissante. Il se retourne, il m’a perdu du regard seulement quelques secondes, ses yeux cherchent à travers la foule, devant puis derrière elle. Sa main qui garde encore les empreintes suaves de notre précédent contact restera vide.

Mars 2014 – Paris

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